L'ATTENTE
Jr 22, 20-23 ; Mt 25, 1-13
(8 octobre 1998)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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rères et sœurs, si on dévoilait ce qui se passe depuis le commencement du monde, derrière l'apparence des choses, du réel, de nous-mêmes, on entendrait un dialogue qui a commencé entre Dieu et l'humanité, un dialogue que parfois le bruit du monde rend confus, et parfois même a oublié, un dialogue d'un homme (Dieu) , qui cherche à être aimé, et qui est trahi par cette femme, (l'humanité), qui l'a rencontré, a été séduite, et l'a oublié, et s'est détourné de lui pour d'autres maris, d'autres amants, des baals, et puis, c'est ce mouvement permanent d'une déception qu'un homme (Dieu), prendrait à son compte, qui est le champ, qui forme la trame de l'histoire du monde.
Et le porte-parole, celui qui révèle la Parole, c'est le prophète qui met devant lui, devant nous, la Parole de Dieu, et qui révèle l'enjeu qui est le fin fond de l'histoire du monde, et qui comme le début et la fin se trouveront un jour pleinement révélés.
C'est pourquoi les vierges qui attendent, sont une parabole qui nous ouvre une fenêtre, le mystère, sur le dialogue intime, profond, mystérieux, éternel, que Dieu a décidé au jour même où il a créé l'humanité, et d'entretenir avec elle un dialogue d'amour, un dialogue de fidélité, d'Alliance. "Je t'ai fait vivre, pour que tu puisses revenir vers moi." Il y a une sorte d'entêtement de la part de Dieu, pour que cette humanité reprenne le chemin de l'amour conjugal.
Et nous, dans la messe nous entrouvrons, nous ouvrons nos oreilles et nos yeux à ce mystère, à ce dialogue, très puissant, dans lequel retentissent à la fois les orages dramatiques du monde et de la part de Dieu, et aussi l'intervention céleste de tout un monde invisible. Il ne s'agit pas de supprimer ce dialogue si subtil, qui couvre l'infini de la création, l'explique, en est la clé : Dieu n'a pas créé la terre pour qu'elle soit terre, Dieu a créé la terre pour que la terre soit le jardin de ceux qui y vivent, pour qu'ils le reconnaissent comme le créateur.
Nous qui venons à la messe, nous prêtons notre oreille au sens propre du terme, nos yeux, notre corps, à reprendre ce dialogue avec Dieu, dialogue qui me concerne totalement. C'est pourquoi, l'eucharistie n'a rien de subjectif, nous rentrons avec des tas de soucis, nos soucis à nous, et nous allons abandonner les propres soucis, de notre propre vie, pour épouser le souci d'une autre vie, celle de Dieu, pour ressortir d'ici avec le vrai souci du monde, et il faut une sorte de dépouillement, dans lequel je vais me voir changé, comme si les soucis du monde restaient accrochés sur nous, et puis, quand je vous vois rentrer, quand je me vois rentrer, progressivement, il devrait y avoir avec nous, l'actualité, la contemporanéité de la parole du prophète, De celle des vierges, qui sont bien d'aujourd'hui, et vous pourriez vous dire parfois, mais, qu'est-ce que cela a à voir avec nos vies ?
Cela a à voir avec l'intérieur de nos vies. Encore fait-il accepter d'être défaits de ce que nous portons sur nous et nous voulons le porter, nous aimons le porter, il faut au moment de l'eucharistie, déconnecter cet attachement, parfois douloureux pour nous y attacher différemment, pour reprendre notre chemin différemment.
C'est pourquoi quand le prêtre dira "allez dans la paix du Christ," ce qui donne toujours une sorte d'imposture, puisque je vous envoie dehors, qui n'est pas le lieu de la paix du Christ, mais vous y allez chargés de ce que vous y avez reçu. Il y a d'ailleurs un décalage fondamental entre la paix promise et la paix du monde, on entre dedans, allez dans la paix, qui est nôtre, notre nouvelle charge, grâce à laquelle nous sommes différents du monde.
AMEN