LE PLUS PETIT
Jr 18, 1-12 ; Mt 23, 1-12
(26 septembre 1998)
Homélie du Frère Bernard MAITTE
|
I |
l y a des paroles fortes de Jésus que l'on retient, comme celle que nous venons d'entendre : qui s'abaisse sera élevé, et qui s'élève sera abaissé.
Vous le savez, Jésus dit cela à propos des scribes et des pharisiens, dont il dit qu'il faut entendre l'enseignement, parce qu'ils transmettent ce que Moïse a reçu lui-même de Dieu, sa Parole, ses commandements. Mais, ils disent et ne font pas, donc, il ne faut pas les suivre dans leurs actes.
Et Jésus stigmatise du coup, la manière dont ils agissent. Et ce qu'il leur reproche, c'est de se mettre à la première place, de se faire remarquer, et c'est pourquoi Jésus dit : qui s'abaisse sera élevé, et qui s'élève sera abaissé. Mais, vous le savez certainement mieux que quiconque, car ce n'est pas la première fois qu'un des frères ici vous le dit dans cette paroisse, il y a de la fausse humilité qui consisterait à s'abaisser exprès, pour que justement on vous remarque, ce qui veut dire par là que tout peut être un piège, y compris le fait de vouloir toujours être à la dernière place, de dire : oh moi je ne dis rien, je ne pense rien, je ne comprends pas, je laisse les autres, tout cela pour qu'on vous dise, : mais non, ça va, tu es bien, tu es intelligent, on a de l'intérêt à t'écouter, à te suivre, et donc, ça aussi c'est une manière de se faire remarquer. Vous me direz, dans ces cas-là, c'est difficile d'être chrétien, parce que nous sommes toujours pris entre deux extrêmes : c'est vrai, il ne faut ni s'abaisser, ni s'élever, en fait, c'est cela l'humilité, c'est rester à sa place sans essayer forcément de se faire remarquer mais en sachant qui l'on est.
Et je crois que c'est cela qui est important dans notre foi chrétienne : savoir qui on est, et l'on ne peut le savoir en vérité que si on sait qui est Jésus. Et en fait, ce que dit le Christ, est à ce niveau-là important, parce que quand il dit : qui s'abaisse sera élevé, et qui s'élève sera abaissé, il parle aussi de la mission du salut qu'il accomplit en nous-mêmes. Quel est finalement l'être le plus élevé ? C'est Dieu lui-même qui est élevé, placé en-haut, et l'épître aux Philippiens, le dit, que Jésus qui était de condition divine ne retint pas jalousement le rang qui l'égalait à Dieu, mais il s'est abaissé, il s'est humilié et son incarnation qui fait que le Christ soit vraiment homme, on pourrait dire, mais en fait, Dieu ne peut pas être homme, c'est incompatible. Oui, Dieu a été jusqu'à cette humilité, mais cela lui faisait tellement plaisir d'être homme, parce qu'il nous aime tellement, qu'il a accepté jusqu'au bout la condition d'homme. Et au bout de la condition d'homme, l'épître aux Philippiens continuera en disant qu'il a continué à s'abaisser en acceptant la mort, en allant jusque dans la mort. Et effectivement, la dernière limite, je dirais souvent la dernière chose la plus difficile, c'est la mort, c'est le dernier abaissement de l'homme. Je dirais même presque de manière significative, le fait que l'on ne bouge plus, et que l'on vous mette en terre est un abaissement. Humilité, c'est aussi "humus", c'est la terre. Et là, du coup, notre foi chrétienne, il vient de le dire avec l'épître aux Philippiens, mais Dieu l'a exalté, il lui a rendu la vie, il l'a ressuscité, il l'a élevé au-dessus de tous les anges, Principautés et Dominations. Et donc, le Christ a connu cet abaissement jusqu'à l'humanité, il a été ensuite élève sur la croix, et le second abaissement a été sa propre mort, il est élève, c'est le mystère de l'Ascension, jusqu'à la Gloire du Père, et c'est la Résurrection.
Autant dire que la clé même de l'évangile que nous avons entendu c'est lorsque Jésus dit : que ce qui est le plus grand parmi vous se fasse le serviteur. Jésus en disant cela nous dit aussi qu'il est le serviteur, il s'est fait le serviteur de notre salut. Il s'est fait le serviteur de notre humanité, et du coup, il lui donne sens, et l'on comprend ce que signifie dans ce cas-là abaissement et élévation. C'est que dans notre vie concrète, nous connaîtrons des abaissements, parfois jusqu'à ce que l'on va appeler la mort, mais nous connaîtrons aussi des élévations, c'est-à-dire discerner, voir et comprendre ce qui dans notre vie est de l'ordre de la gloire, de la vie et de la résurrection.
Et puisque avec l'équipe "Mort et Résurrection" qui est là et qui nous a invités aujourd'hui à prier pour tous ceux qui ont perdu un être cher, c'est de cette espérance-là que le chrétien est habité, que tout n'est pas une fin, mais que au contraire, notre célébration eucharistique, c'est de comprendre que chaque jour se renouvelle la Pâque, c'est-à-dire que pour nous-mêmes, et avec ceux que nous avons aimé, nous sommes appelés à passer tous les jours de notre vie, de la mort à la vie.
Mais, pour nous y aider, nous avons Celui qui s'est abaissé, c'est-à-dire celui qui s'est fait notre serviteur. Car Jésus continue à nous servir, et dans cette eucharistie, c'est lui qui nous invite, dans cette eucharistie, c'est lui qui nous propose de communier à son corps et à son sang, c'est-à-dire, être rempli entièrement de sa vie, comme ceux qui sont déjà auprès de lui, sont remplis aussi de sa vie. Il est donc bien celui qui nous appelant à sa table, celui qui se met à notre service. En étant ainsi servi par le Christ, connaissons avec lui cet abaissement et son élévation, autant dire vivons de la Pâque.
AMEN