LES INVITÉS AUX NOCES

Jr 17, 5-10 ; Mt 22, 1-24

(24 septembre 1998)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

Q

ue cette parabole est compliquée! Parce qu'il en va du Royaume des cieux, et c'est Jésus qui en parle comme de lui-même, comme d'un roi qui fait des noces pour son fils. Le roi, c'est son Père, le fils, c'est Jésus, et les invités aux noces se récusent. Ils ne veulent pas venir aux noces, donc, il envoie d'autres serviteurs, et chacun est renvoyé, d'autres sont même tués, et l'on assiste à un véritable massa­cre, puisque tous ceux qui étaient invités aux noces ne viennent pas.

Autrement dit, et c'est peut-être là une des interprétations que l'on pourra éclairer par le texte de Jérémie, on ne peut compter sur personne. Mais l'at­titude du roi n'est pas non plus d'une miséricorde ab­solue, puisqu'il demande à ses serviteurs d'aller ra­masser tout le monde, tous ceux qui sont sur la route, et il s'étonne d'en trouver un qui n'aie pas l'habit des noces.

Je vous mets au défi, si vous organisez un mariage pour votre fils, de ramasser toute la clique qui envahit les rue d'Aix, et puis de vous alarmer en­suite, parce qu'il y en a un qui n'a pas l'habit des no­ces. Moi, je n'aurais pas été surpris.

Cela dit, c'est au Royaume de Dieu, et ce que l'on peut retenir de cela, c'est d'abord que le Seigneur nous dit qu'il faut être prêt, et qu'il a confiance en nous. Le Seigneur se repose sur nous finalement à tout moment, et que nous soyons "prédestinés" à se croire sur la liste des faire-part, et à faire partie du Royaume des cieux, et à être surpris si on ne reçoit pas le faire-part, ou au contraire, qu'on ne s'attende pas du tout à participer aux noces, il n'empêche que notre attitude, ce que nous sommes, c'est ce qui va caractériser l'invitation et la réunion des noces, la communion. Cette communion finalement est basée sur la confiance, la confiance en Dieu seul, et la confiance que Dieu a sur les hommes.

Et le texte de Jérémie nous prévient : "maudit l'homme qui se confie en l'homme". Et il va employer pour cela de très belles images : il dit que l'homme qui se repose uniquement dans la confiance en un autre homme eh bien, il est comme un chardon dans le désert, l'image est stérile, parce que chardon est brûlé, il est brûlé par la terre elle-même du désert, qui est une terre salée et où nul n'habite. Tandis que celui qui est un homme qui se repose en Dieu, celui-là est comme un arbre planté près du cours des eaux, et qui tend ses racines vers le courant, pour qu'il profite de la vie de Dieu, de la vraie vie, de la vraie source, et son feuillage reste vert, malgré les années de séche­resse. Il est sans inquiétude et ne cesse de porter du fruit. C'est l'image même de la fécondité, de la fraîcheur de la vie avec Dieu de l'enracinement de la vie avec Dieu, de ma confiance de l'homme qui ne s'appuie que sur Dieu.

Je ne voudrais pas dire qu'il ne faut jamais faire confiance en l'homme, ce pourrait être désespé­rant, cela dit, vous en avez autant l'expérience que moi, il n'y a rien finalement plus terrible à vivre que le manque de confiance ou le fait d'avoir été trahi par quelqu'un en qui en se reposait, un ami.

Ce qui veut dire que le critère de discerne­ment de notre foi n'est pas d'abord la confiance que l'on a en un homme, mais ce que dit Jérémie, c'est que tout ce que nous allons pouvoir vivre n'a de sens que si tout cela repose en Dieu. Si tout ce qui finalement enrichit la vie quotidienne me fait découvrir au fur et à mesure que Dieu en est la source, que c'est lui qui m'enracine et fait vivre ces racines, et qu'il y a des années bonnes et des années mauvaises, il y a des jours avec, et il y a des jours sans. Il y a des vies compliquées, difficiles et puis parfois, aussi un peu de bonheur, et que dans tout cela, Dieu peut être digne de confiance, Dieu sera toujours près de nous, celui sur qui l'on pourra toujours compter.

Et les affections humaines, et l'amitié, aussi belle soit-elle, la confiance que l'on peut avoir en quelqu'un d'autre n'est pas finalement mauvaise, il ne faut pas s'en méfier, il ne faut pas vivre comme un sanglier solitaire dans la rue d'Italie ou les rues d'Aix, ce n'est pas ce qu'il nous demande, il nous demande simplement que y compris ce que nous pouvons vivre comme confiance et amitié en l'homme, soit déjà le visage du fait que notre cœur ne repose que dans le Seigneur.

C'est ainsi qu'au fur et à mesure, se tisse pour nous cette vie qui va vers le Seigneur, qui s'accom­plira quand elle sera achevée dans le Royaume des cieux, alors, je pense que dans ces cas-là, malgré nos habits quels qu'ils soient, nous aurons peut-être sans y avoir prêté attention, revêtu l'habit des noces, et le Seigneur ne nous rejettera pas, mais au contraire il nous reconnaîtra comme celui qui a vécu dans la foi et la confiance en lui.

 

 

AMEN