LE ROYAUME, C'EST COMME...
Jr 11, 1-8+13 ; Mt 13, 31-35
(9 septembre 1998)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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rères et sœurs, l'évangéliste saint Matthieu qui est un homme ordonné, a rassemblé vers le chapitre treizième de son évangile, sept paraboles sur le Royaume des cieux. Sept, chiffre sacré, qui explique, désigne la totalité.
Nous avons lu, il y a quelques jours, les deux premières paraboles qui sont plus développées, celle du semeur, et celle de l'ivraie, et nous venons d'entendre les cinq dernières. La parabole du semeur, je vous avais dit que le Royaume des cieux supposait de notre part une attente, une réception, une ouverture de cœur, et ne se déployait que si nous lui fournissions une terre bien disposée.
La parabole du filet, la dernière de la série, nous dit à peu près équivalemment ce que nous disait déjà la parabole de l'ivraie, à savoir que le Royaume des cieux est intimement mêlé aux choses de ce monde.
De même que le bon grain et l'ivraie sont plantés dans le même champ, et qu'arracher prématurément l'ivraie, ce serait risquer d'arracher aussi le bon grain, de la même façon le filet ramène de la mer différentes choses, les unes bonnes, les autres mauvaises, il faut trier et c'est ce qui se fera à la fin du monde.
Retenons donc, que pour Jésus, le Royaume des cieux n'est pas un lieu privilégié, où les choses de Dieu seraient protégées de toute contagion, de tout danger, mais le Royaume des cieux nous est offert si j'ose dire, en plein vent, sur le tas, mêlé avec toutes les choses du monde, à nous de savoir nous y reconnaître, et de laisser Dieu faire le tri qui ne sera accompli qu'à la fin des temps.
C'est déjà une indication extrêmement précieuse, nous n'avons pas à chercher un endroit à l'abri, où nous pourrions rencontrer Dieu dans une tranquillité et une sécurité, mais c'est au grand large du monde que nous pouvons découvrir Dieu, au milieu de toutes choses bonnes ou mauvaises et à travers elles.
La parabole du trésor va nous dire la même chose, en insistant encore un peu plus, le Royaume des cieux est caché au cœur de la vie, comme le trésor dans un champ, et au premier abord, rien ne permet d'imaginer que ce champ contient un trésor. C'est presque par hasard, qu'en creusant dans le champ, on découvre le trésor, et à ce moment-là, on achètera le champ pour avoir le trésor qui est caché dedans.
Le Royaume des cieux est donc hermétique au premier regard, il est enfoui, et la parabole du levain nous dit bien la même chose, il est semblable à ce levain qu'une femme prend et qu'elle enfouit dans la farine. Donc, le Royaume des cieux ne se voit pas au premier coup d'œil, il faut le chercher, il faut partir avec un certain désir au cœur, pour au milieu d'un champ comme tous les autres champs, découvrir le trésor qui y est enfoui comme le levain est enfoui dans la farine.
C'est en effet parce que le Royaume des cieux est une toute petite chose, infiniment humble et imperceptible, aussi imperceptible que ce levain caché dans la farine, que cette graine de sénevé, entendez de moutarde, qui est la plus petite des semences, et qui pourtant est le symbole du Royaume des cieux. Donc, ce n'est pas à sa grandeur, ce n'est pas à son côté triomphaliste, opulent, à sa richesse, à son déploiement de force, qu'on reconnaîtra le Royaume des cieux, mais d'abord à ce qu'il est caché, et il est tout petit, c'est une toute petite chose.
Le Royaume des cieux ne se révèle qu'à ceux qui ont le regard assez humble, pour chercher les petites choses, et non pas les choses éclatantes et grandioses. Ce Royaume des cieux si humble, si petit, si caché, a une puissance de transfiguration extraordinaire, comme cette graine de sénevé, qui va se déployer comme un arbre, alors qu'il s'agit d'une plante potagère, elle pourrait très bien ramper par terre comme les fraisiers, ou bien tout au plus donner une petite plante portant des haricots, ou des tomates, non, il s'agit d'une plante potagère qui va se déployer en un arbre, au point que les oiseaux du ciel vont venir nicher dans ses branches. Rares sont les plantes potagères qui ont cette stature, le Royaume des cieux, si petit soit-il, si humble, si modeste, est capable de cette révolution intérieure, qui va transformer un rien du tout en un arbre, un arbre accueillant les oiseaux du ciel.
Et c'est pourquoi ce Royaume des cieux qui n'a l'air de rien mérite toute notre attention, toute notre perspicacité, tout notre désir au point que oui, comme cette perle fine, qu'on trouve par hasard au milieu des perles de culture ou de celles qui n'ont pas beaucoup de valeur et pour laquelle on va vendre tout ce qu'on a afin d'acheter cette perle, exactement aussi on vend tout ce qu'on a pour acquérir le champ et le trésor.
Voilà donc en résumé, ce que Jésus nous dit du Royaume des cieux, il est là, mêlé aux choses du monde, caché dans les choses du monde. Il ne faut pas vouloir le séparer, le mettre à part, mais il faut savoir le découvrir malgré sa petitesse, son humilité, et avoir confiance en sa puissance de transfiguration, capable de tout changer et de mériter pourtant notre confiance.
Frères et sœurs, ce Royaume des cieux chacun de nous est invité a à le découvrir dans ce monde, dans les innombrables évènements et relations qui font notre vie, et qui nous mêlent intimement aux êtres et aux choses de ce monde et c'est au cœur de ce monde, si notre regard est assez attentif, que nous saurons discerner cette toute petite chose humble qu'est le Royaume des cieux mais qui transformera ce monde pour en faire le Royaume de Dieu.
AMEN