LA ROBE NUPTIALE

Sg 13, 1-5 ; Mt 22, 1-14

(23 août 1994)

Homélie du Frère Michel MORIN

 

C

ette parabole nous pourrions la rencontrer quasiment textuellement dans la plupart des écrits religieux des grands courants de reli­gion, aussi bien au temps de l'Ancien Testament que du Nouveau Testament et même encore après. Je li­sais ces derniers jours un livre sur la vie, la pensée, l'expérience mystique de Manès, celui qui a été à l'origine de ce que l'on appelle d'ailleurs faussement le manichéisme. Dans ses écrits, dans ses prédications, on trouve quasiment la même histoire.

Le roi, le repas, le festin, les habits sont des éléments symboliques que tous les prédicateurs de quelque religion que ce soit ont utilisé et en cela Jésus n'a pas du tout fait œuvre d'originalité. Il faut donc peut-être aller au-delà de la parabole elle-même, de ses éléments, de son histoire pour essayer de trouver ce qui est spécifiquement chrétien, ce qui est du Christ.

Je crois qu'il y a deux choses Le premier élé­ment c'est que le Royaume de Dieu est semblable à une telle histoire et le second c'est qu'il y a beaucoup d'appelés mais il y a très peu d'élus. Ce que je vous propose de retenir, ce n'est pas exhaustif de tout l'en­semble de ce texte, c'est que tous sont appelés.

Les premiers invités qui étaient peut-être très bons, mais qui n'ont pas répondu. La deuxième série d'invités selon la parabole comprenait des mauvais et des bons, et cependant, parmi les mauvais il n'y en a qu'un qui est mis dehors. Les autres sont donc accep­tés quoique mauvais.

Tous sont appelés, peu sont élus et pourtant il n'y en a qu'un dans cette immense foule des invités qui n'avait pas robe d'élection. Il ne faut peut-être pas chercher à jouer sur les quantités ou les nombres. Le Christ, dans le Royaume appelle tout homme. Mais il ne suffit pas d'être appelé, il faut accepter d'être élu ce qui est beaucoup plus difficile, car l'appel ne dépend pas de nous mais l'élection, oui. L'appel dépend de Dieu, l'appel dépend du roi, l'appel dépend des servi­teurs qui le transmettent, des messagers. Quand à l'élection, elle dépend de ceux qui répondent et la non-élection de ceux qui ne répondent pas.

Au fond, ce pauvre homme qui se trouve mis dehors, quelle en est sa responsabilité s'il n'avait pas sa robe nuptiale On ne lui a pas dit : mets ta plus belle robe ou ta plus belle cravate de façon à être accepté. On a pris tout le monde. Pourquoi, tout d'un coup, celui-ci n'avait pas ce qu'il fallait ? Je ne crois pas qu'il fasse faire une interprétation du moment. Si ce­lui-ci n'avait pas ce qu'il fallait, c'est parce qu'il ne l'avait pas acquis avant la dernière invitation. Alors que les autres, probablement, mystérieusement dans leur cœur, se préparaient déjà, qu'ils soient bons ou mauvais, à un tel appel ou en tout cas à une telle ré­ponse. Celui qui n'a pas le vêtement des noces, c'est celui qui, peut-être depuis longtemps, a refusé non pas d'être appelé mais de répondre à l'appel, d'être élu.

Comme je le disais à l'instant, l'appel est un acte ponctuel, passager, très court, mais la réponse doit durer toute la vie jusqu'au festin final. C'est pour­quoi cette robe nuptiale, c'est moins quelqu'un qui nous la met au dernier moment pour cacher nos misè­res, et Dieu sait si elles sont grandes, mais c'est nous qui, avec la collaboration de Dieu, ou plutôt Dieu qui, avec notre collaboration, lentement la tisse ici-même, avant que nous entrions définitivement dans le festin du Royaume, dans le banquet définitif. "Il y a beau­coup d'appelés mais peu d'élus" parce que l'élection, c'est le choix que nous faisons de vivre quotidienne­ment l'appel une fois entendu. L'élection c'est d'ac­cepter que, dans sa vie, quoi qu'il arrive, que ce soit bon ou mauvais, que les événements soient heureux ou difficiles, quelqu'un tisse avec nous la robe nup­tiale. Nous ne l'avons pas encore définitivement tis­sée. C'est à nous, à chaque événement, à chaque ré­ponse à donner, à chaque situation à accepter que ce qui fasse la route de notre vie soit un progrès person­nel, soit un progrès spirituel Et je dis bien, quels que soient les évènements, quelles que soient les circons­tances, quelle que soit la route, même si on est agri­culteur ou commerçant, comme le suggère l'évangile.

Alors ce qui nous est proposé aujourd'hui dans cette parabole, c'est de savoir si chaque jour de notre vie, quel qu'il soit, non pas seulement ceux que nous ayons voulu tels qu'ils se déroulent, ceux que nous aimerions vivre, mais ceux que la vie nous donne de goûter chaque jour, nous acceptons que notre vie quels qu'en soient ses éléments soit un pro­grès spirituel pour le Royaume. Est-ce que nous ac­ceptons d'être élu chaque jour par le Christ pour qu'Il vienne tisser, ne serait-ce que quelques fibres de ce qui sera un jour la robe nuptiale dont nous serons totalement revêtus ? Que cette eucharistie tisse en nous la chair du Christ, cette chair de divinité qui est venue habiller profondément notre humanité péche­resse, notre humanité rebelle qui par le péché s'était justement dépouillée de sa robe nuptiale ?

 

 

AMEN