PAYER L'IMPÔT DU TEMPLE ?
Sg 7, 1-14 ; Mt 17, 24-27
(2 août 1994)
Homélie du Frère Michel MORIN
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ierre est, semble-t-il, quelque peu étonné à la question que le collecteurs de l'impôt dû au Temple, la didrachme, lui posent. "Est-ce que votre Maître ne paie pas le didrachme ?" comme si, dans cette question, il y avait un doute, une suspicion quant à l'honnêteté de Jésus et de ses disciples par rapport aux impôts du Temple, cette collecte pour le culte qui prend aussi la forme d'une offrande pour Dieu. Et Pierre répond : "Mais si, bien sûr ! Il paie, nous payons ces impôts".
A ce propos Jésus va faire réfléchir Pierre sur les taxes et ceux qui les collectent. Jésus veut donc dire à Pierre et donc à son Église, par conséquent à chacun de nous, qu'il y a dans notre vie deux niveaux d'engagements, qu'il y a dans notre vie deux valeurs d'engagement, deux sources et deux finalités de nos engagements. Il faut d'abord payer l'impôt à ceux qui les perçoivent normalement, les rois de la terre. Jésus évoque ici ce qu'on appelle l'autorité civile, le pouvoir civil, ceux qui d'une façon ou d'une autre, quel qu'en soit le mode, sont appelés à diriger les sociétés, appelés à conduire les peuples, sont appelés à faire en sorte que le bien soit partagé qu'il soit produit, qu'il soit distribué de façon équitable, ceux qui ont la charge de faire en sorte que chaque société vive dans la concorde, dans la paix, dans le respect des consciences et dans la prospérité, autant économique que culturelle. Et Jésus dit bien qu'il faut remettre à qui de droit les impôts. Cela signifie que tout chrétien doit avoir sa part d'engagement, sans réticence et sans calcul, dans les situations de ce monde. Le chrétien n'est pas exempt de l'engagement dans les structures de ce monde. Et celles-ci ne sont jamais méprisables, même si elles sont souvent réformables. Nous avons parfois sur la société qui nous entoure, nous avons parfois du mépris parce qu'elle ne nous convient pas. Nous estimons que les valeurs d'un état, que les choix, que les lois ne nous conviennent pas et donc que nous pouvons nous en exclure ou alors les traiter de façon tout à fait méprisable. Ceci est regrettable et Jésus l'a toujours dit : votre foi ne peut pas, en aucun cas, vous désengager de cette part d'humanité qui est la vôtre et que vous devez vivre en solidarité permanente avec tous vos frères.
Cependant Jésus suggère aussi que nous avons un autre engagement qui est différent. Nous n'aurons pas d'impôt à payer sur celui-là, nous ne sommes pas des étrangers, nous sommes des fils et les fils ne paient pas d'impôts à leur famille. Nous sommes fils du Royaume, nous sommes fils du ciel, nous sommes fils de la vie éternelle, nous sommes fils d'une réalité qui n'est pas de ce monde, qui ne vient pas de ce monde et qui nous conduira bien au-delà de ce monde. Nous sommes enfants du Royaume et là ce n'est pas à nous d'abord de nous engager, comme nous avons à le faire en nos taches sociales, politiques ou économiques, mais nous avons à accepter l'engagement de Dieu pour nous. Nous avons à recevoir cette promesse, ce don, cet impôt que Dieu veut nous donner, qu'Il tire de son trésor pour nous en faire vivre tous ensemble. La foi chrétienne n'est pas d'abord un engagement vers l'extérieur, elle est une réception de ce que Dieu engage pour nous, pour notre salut, pour notre vie ensemble, pour la construction de son Église non pas en vue des biens sociaux, non pas en vue de réformer les choses de la terre, non pas en vue d'établir le Royaume de Dieu sur la terre, ce Royaume n'est pas de ce monde, mais en vue de nous conduire ensemble vers notre destinée éternelle. Mais il ne peut pas y avoir d'opposition radicale même s'il y a des différences essentielles entre le fait que nous soyons fils de la terre et fils du Royaume. A nous de savoir vivre, avec sagesse, avec lucidité, en conscience mais sans réticence et en tout cas sans condamner le monde, à nous de savoir être dans ce monde, engagés dans ce monde, aimant ce monde pour les raisons, les motifs et les buts de l'autre monde.
Que cette eucharistie nous aide, en partageant le pain qui vient du monde, et en recevant à travers ce pain le corps du Christ qui nous transforme en l'autre monde, que cette eucharistie nous aide à unifier notre participation à la vie de la terre, à la vie des hommes en tant que témoins, en tant que prophètes, en tant que fils du Royaume. Alors nous ne scandaliserons pas.
AMEN