CE QUI COMPTE C'EST LE CRI DU CŒUR
Sg 5, 1-5 ; Mt 15, 21-18
(20 juillet 1994)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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et épisode de la vie de Jésus est en quelque sorte une parabole en action, une parabole vécue. Jésus commence par répondre à cette païenne, à cette Cananéenne, selon l'opinion qui était celle du peuple juif. Le Messie était attendu par les Juifs, Il avait été promis à la descendance d'Abraham, Il viendrait pour sauver les enfants d'Israël, pour les restaurer dans leur vérité de peuple élu et choisi et "ces chiens de païens" ne méritaient pas le salut, eux qui n'avaient pas été élus, choisis, eux qui n'étaient pas "la descendance d'Abraham". "J'ai été envoyé pour les brebis d'Israël". Par cette parole Jésus se conforme à la pensée courante du peuple d'Israël. Il fait mine d'adopter cette manière de voir et donc de rejeter la requête de cette païenne qui ne fait pas partie du peuple élu, du peuple choisi. Et quand elle insiste Jésus dira, comme auraient dit pas mal de Juifs de ce temps que les enfants de Dieu n'avaient rien de commun avec les chiens c'est-à-dire avec les païens. "Il n'est pas bon de prendre le pain des petits enfants pour le donner aux petits chiens." Jusque-là donc Jésus semble faire sienne la pensée courante, la pensée ambiante de ceux qui l'entourent, probablement de ses disciples aussi car eux-mêmes étaient juifs convaincus et ils attendaient un messie pour les juifs.
Mais voilà que, par cette manière de répondre, Jésus suscite dans cette païenne, non pas le découragement, non pas le désespoir, non pas la révolte, non pas le rejet de ce Dieu particulariste, de ce Dieu qui ne voulait être que celui des juifs, mais un surcroît de foi. Voilà que cette femme se met à croire et à crier sa foi avec encore plus d'intensité. Alors Jésus révèle non plus la pensée courante du peuple juif mais la vraie pensée du cœur de Dieu qui n'est pas venu simplement pour le peuple élu mais qui est venu pour répondre à la foi d'où qu'elle vienne, que cette foi vienne d'un juif ou qu'elle vienne d'un païen. Car ce qui touche le cœur de Dieu, ce n'est pas de faire partie de telle ou telle catégorie privilégiée, c'est de répondre par la foi à sa présence. C'est de s'adresser à Lui avec cette intensité du cœur qui reconnaît en Lui le Sauveur, Celui qui peut nous donner la vie. Et cette foi crie de toutes ses forces. Et le cœur de cette païenne est rempli d'une foi, comme Jésus le dira ailleurs, bien plus grande que celle de la majorité des membres du peuple élu.
C'est pourquoi Jésus répond à la requête de cette femme, quoique païenne, parce qu'elle a une foi et parce que ce qui intéresse le cœur de Dieu, c'est la foi. Voilà pourquoi Jésus est venu aussi bien pour les païens que pour les Juifs. Il est venu pour ceux qui attendent avec foi avec intensité, sa venue et son salut. Alors cela s'applique à nous aussi aujourd'hui. Ce n'est pas parce que nous sommes dans cette église, ce n'est pas parce que nous avons été baptisés, ce n'est pas parce que nous avons le privilège de connaître l'évangile, ce n'est pas parce que nous avons été élevés chrétiennement, que nous sommes des enfants de Dieu et que les autres, ceux qui sont dans la rue, ceux qui ignorent le Christ, ceux qui ne viennent pas à l'église ne seraient que des chiens. Peu importe ! Ce qui compte, c'est le cri du cœur. Et si ces gens qui ne connaissent pas Dieu, qui n'ont pas été au catéchisme et qui ne sont pas ici dans cette église ont un cœur qui crie, qui appelle, même si cet appel est mal formulé, même s'ils n'ont pas appris les mots pour dire leur foi, si le cœur de ces gens crie après le salut, c'est eux qui seront sauvés. Nous aussi, si nous savons crier, si nous savons appeler, si nous savons avoir la foi, si notre cœur est intensément épris de Dieu. C'est cela qui compte. Que nous soyons dans une église ou pas, que nous soyons d'étiquette chrétienne ou pas, ce qui compte, c'est le cri du cœur, c'est l'appel de la foi, c'est cet élan de tout notre être vers Dieu pour lui demander d'être notre sauveur parce que nous avons besoin d'être sauvés.
Convertissons notre cœur, non pas à telle ou telle formalité, à telle ou telle manière de faire, convertissons notre cœur à cet appel qu'il doit adresser à Dieu.
AMEN