ATTITUDE D'ACCUEIL DE LA PAROLE DE DIEU

2 R 6, 8-32 ; Mt 13, 1-17

(7 juillet 1994)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

J

e voudrais seulement retenir un trait de la para­bole du semeur que le Seigneur vient de nous donner à travers la proclamation de l'évangile. Ce trait c'est la surabondance de la générosité de Dieu quand Il communique sa vérité.

Il y a là quelque chose de surprenant car nous-mêmes, lorsque nous communiquons notre sa­voir, nos connaissances, c'est toujours au compte-gouttes, c'est par l'économie des signes et du discours. Et pour nous, la communication de la vérité est une tâche extrêmement laborieuse et difficile, dans la­quelle nous ne réussissons pas tous avec autant de talent ou autant de facilité les uns que les autres. On pourrait dire que, dans l'histoire humaine, la transmis­sion de la vérité fait partie de l'économie de la rareté et du coût. C'est parce que la vérité est quelque chose de difficile à acquérir, qu'elle demande beaucoup de sagesse, beaucoup d'esprit critique, beaucoup de pro­fondeur et d'intuition, qu'elle en même temps quelque chose de très précieux mais aussi de très rare et de très difficile à communiquer.

Dans l'évangile, au contraire, le Seigneur nous présente la vérité de Dieu comme cette richesse de semence qui est répandue dans le champ, dans le sein de la terre pour qu'elle y fructifie et porte du fruit. Cela devrait nous donner un regard neuf sur la Parole de Dieu et sur la vérité de l'évangile. Si nous la traitons à certains moments avec nos critères humains qui consistent à la passer au crible avant de la semer, nous risquons d'être exactement comme les terrains rocailleux ou broussailleux qui, au lieu de s'ouvrir à la générosité de la Parole de Dieu, commencent par la rendre plus étroite, la faisant passer par une sorte de goulot d'étranglement qui ne lui permet plus d'avoir sa véritable fécondité. Il y a en nous, dans notre cœur, dans notre comportement vis-à-vis de la vérité, il y a, à certains moments un manque de générosité parce que, tout simplement, notre cœur n'accepte pas de se laisser mettre en consonance avec la richesse et la libéralité de Dieu. Il y a là une sorte de péché ou d'aveuglement très grave et très attristant.

C'est le fait de croire que l'on peut purement et simplement traiter la vérité divine avec nos préten­tions humaines. Prétentions de rectitude, prétentions d'exactitude, prétentions de détails. En réalité, heureu­sement, le chemin de la vérité de Dieu dans notre cœur, elle reste toujours la vérité, est beaucoup plus large que les chemins, les broussailles, les épines, les ronces et les pierres qu'à tout moment nous lui impo­sons.

Alors qu'en ce temps d'été où nous avons peut-être plus de loisir pour contempler, pour méditer la Parole de Dieu, ayons à cœur non seulement de la relire, de la fréquenter, de la découvrir, mais aussi de transformer notre cœur pour qu'il ait une attitude d'ac­cueil du mystère de la vérité révélée. Que notre cœur sache que la première conversion, avant même d'écouter la Parole, c'est d'ouvrir les oreilles, de per­mettre en nous cette attitude de liberté, de confiance, de docilité dans la générosité et la fécondité de la Parole de Dieu qui fait que nous n'aurons d'aucune manière la prétention de vouloir par nous-mêmes ou par certains de nos réflexes en restreindre la fécondité et la richesse. Si nous faisions déjà ce premier pas dans l'accueil de la Parole de Dieu, peut-être com­mencerions-nous à être, par pure grâce, cette bonne terre qui est capable de produire cent, soixante ou trente pour un.

 

 

AMEN