L'HOMME À LA MAIN DESSÉCHÉE

2 R 5, 9-14 ; Mt 12,9-21

(4 juillet 1994)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

L

es pharisiens analysent le comportement de Jésus en pensant qu'Il se situe hors de la Loi. Le problème est le rapport qu'ils entretiennent avec la Loi. Pour eux, la Loi est une sorte d'écriture prédestinée à décrire à l'avance tous leurs actes, toutes leurs pensées. Dans les prédications, nous avons coutume de critiquer ce genre de rapport à une loi extérieure à l'homme qui réduirait les comportements humains et empêcheraient une sorte de souplesse, d'intelligence même du comportement humain. Et l'Église a pris l'habitude de critiquer ce comportement moralisant, étroit qui empêche et contraint l'épanouis­sement dont on parle tant en cette fin de siècle.

Il faut se méfier de ne pas entendre unique­ment la Loi comme un aspect contraignant mais nous pouvons aussi nous référer à une loi facile, tout aussi extérieure. Le problème n'est pas que la loi soit dure ou non, contraignante ou non, le problème est que la loi est extérieure à l'homme et qu'elle ne s'applique jamais à ce qu'est l'homme réel. Le Christ n'est pas hors-la-loi, mais Il fait référence à une loi inscrite dans son cœur, comme d'ailleurs le prophète nous demandera d'inscrire dans notre cœur la loi de Dieu. Et cette loi intérieure, c'est la docilité, c'est la convenance à l'Esprit Saint, une sorte d'écoute permanente, un apprentissage permanent à savoir ce qu'il convient de faire en tel moment, en telle situation. Nous n'avons pas à nous référer à une sorte d'article qui, à l'avance, décrirait ce que nous devons faire, répondre ou penser. Nous avons, comme un Dieu libre, agissant, intelligent à décider notre conscience illuminée par l'Esprit à ce qu'il convient de faire en telle situation.

Le Christ ne se situe pas hors-la-loi car Il est Lui-même l'incarnation de cette personne si libre et si intense qu'elle puisse facilement décider ce qu'il convient et il convient de guérir cet homme qui a la main desséchée. Par cette guérison, Il nous invite à devenir, par l'action de l'Esprit Saint, une personne humaine suffisamment libre, suffisamment forte pour qu'elle puisse décider, analyser ce qu'il convient de faire dans les différentes situations de sa vie.

Nous sommes convoqués à être intelligents, nous sommes convoqués à une réflexion et c'est sou­vent par paresse, par paresse de l'intelligence, par paresse du cœur, que nous préférons nous référer à une loi extérieure. C'est certes bien plus facile qu'on nous dicte nos actes, tout en croyant être libres car c'est la double illusion que le Christ veut dénoncer dans l'évangile. Nous croyons être libres en nous réfé­rant à cette loi extérieure, il nous faut devenir vrai­ment libres en devenant des personnes capables de réflexion, de décision et d'initiative, car la charité dont Dieu veut nous abreuver, nous ensemencer a fait appel à notre intelligence, à notre imagination. Elle est inventive. Nous ne pouvons pas régler notre com­portement sur une règle a priori, mais trouver la ma­nière dont moi seul, je puis répondre à la charité que Dieu m'offre chaque jour.

 

AMEN