CONDITIONS DE LA MISSION APOSTOLIQUE

2 R 4, 1-7 ; Mt 10, 23-33

(23 juin 1994)

Homélie du Frère Michel MORIN

 

L

e passage d'évangile d'aujourd'hui est nommé en saint Matthieu, par ceux qui ont découpé l'évangile en morceaux, "le discours apostoli­que". Jésus décrit à ses apôtres les conditions qui se­ront celles de leur mission, les conditions qui seront celles de leur apostolat, de leur annonce de l'évangile. Il y a deux tonalités majeures que je voudrais sim­plement souligner.

Si on en reste un petit peu au texte et à ce qui est annoncé, rien n'est encourageant pour l'apôtre, pour le missionnaire, pour celui qui doit être serviteur de l'évangile. C'est même plutôt assez repoussant parce que, dans de nombreux endroits de ce discours apostolique il est question de persécutions, de refus, de mise à la porte, il est question de crainte pour son corps et ainsi de suite. Jésus est très clair, Jésus est sans discours diplomatique, Il ne cache pas la vérité. Ils la vivront cette vérité dans la rue, en étant à la merci de toutes les adversités. Jésus avertit donc ses disciples que la mission qu'Il a choisie pour eux ne sera jamais de tout repos mais ce sera, en perma­nence, risque pour leur vie, pour leur honneur, pour leur propre personne. C'est la tonalité qui me semble première dans ce texte-là. Le disciple, le serviteur ne sera pas épargné. "Voyez comme ils m'ont traité" dit Jésus, vous ne serez pas mieux traités. Ne vous atten­dez donc pas, dans votre apostolat, à avoir beaucoup de remerciements, beaucoup de gratification, beau­coup de résultats exaltants, ceci n'est pas dans l'ordre de l'évangile, tout simplement parce que ce n'est pas ce que Je suis venu vivre pour vous.

Heureusement, il y a le deuxième aspect qui es-t non pas timide mais moins souligné, c'est cette confiance absolue que l'apôtre doit avoir envers Dieu. "Vous valez mieux que des oiseaux ! Votre Père qui est dans les cieux, se déclarera pour vous". Et dans l'évangile de Luc, on pourrait faire ce parallèle avec cette phrase que j'aime beaucoup : "Ne crains pas, petit troupeau, il a plu à votre Père de vous donner le Royaume". Et les apôtres sont là aussi traités comme des brebis envoyées au milieu des loups. Il y a donc une adversité certaine dans la vie du disciple et du serviteur, mais de façon plus certaine encore, il y a la complaisance du Père, il y a le don que le Père fait de Lui-même, il y a le plaisir que prend le Père à donner tout ce qu'Il est pour ce petit troupeau et spécialement pour ceux qui ont la charge de le conduire.

C'est, je crois, ce que Jésus veut signifier lorsqu'Il prend cette double comparaison : "Le disci­ple n'est pas au-dessus du Maître, le serviteur n'est pas au-dessus de celui qu'il sert !" Et Jésus dit : Il suffit, pour le disciple, d'être comme le Maître et pour le serviteur d'être comme celui qu'il sert Il suffit! Ce terme, n'est pas réducteur, il n'est pas le plus petit dénominateur commun, il n'est pas le minimum à faire ou à vivre, il est justement cette recherche de ne vivre qu'à l'image du Christ et que pour le Christ, soit dans l'appel qu'Il nous lance à être comme Lui, ses disciples, à vivre pour Lui, et à travailler pour Lui, en tant que serviteur.

Alors que, pour chacun d'entre nous, qui d'une façon ou d'une autre sommes tous disciples, de façon identique par notre baptême, et tous serviteurs par l'appel que le Christ nous lance à le servir en ser­vant nos frères, que nous devenions disciples et ser­viteurs, à l'image du Christ, Fils et Serviteur souffrant, pour que cela nous suffise et que nous n'allions pas chercher, comme dit le psaume, un chemin de gran­deur, un chemin d'exaltation, un chemin de gratification. Il est certain que depuis toujours, et ce sera sûrement jusqu'à la fin des temps, que l'Église et chaque chrétien aura à vivre comme son Seigneur, aura à aimer comme son Seigneur, aura à signifier son engagement comme le Christ. Mais notre vie ne s'appuie pas sur les événements qui nous entourent, qu'ils soient heureux ou bien souvent plus difficiles, comme le Christ l'annonce Lui-même, mais sur cette absolue confiance que le Père nous donne et qui repose en nous pour le Père. Les oiseaux, les passereaux ne sont ni disciples ni serviteurs, et pourtant le Père les protège. A plus forte raison, protégera-t-il, aimera-t-Il, fortifiera-t-Il ceux qui sont disciples et serviteurs. Et là, chacun de nous vaut des milliers d'oiseaux.

 

AMEN