L'ENFANTEMENT DU MONDE NOUVEAU
Ap 20, 11-15 ; Mt 24, 1-14
(20 novembre 1993)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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es textes eschatologiques nous parlent de la fin des temps. Le passage d'aujourd'hui fondamental aligne toute une série de cataclysmes, les guerres, les famines, les tremblements de terre, les persécutions, le fait que beaucoup succomberont, que l'amour se refroidira chez un grand nombre, que des faux prophètes viendront, ici ou là, tableau extrêmement sombre, mais qui, par plus d'un trait, correspond à ce que nous connaissons dans notre histoire humaine et que nous voyons autour de nous ou en nous-même. Et au milieu de cette description assez tragique, Jésus nous donne une lumière. "Tout cela ce sont les douleurs de l'enfantement, car la Bonne Nouvelle de l'évangile sera proclamée et alors seulement viendra la fin, la fin par laquelle seront sauvés tous ceux qui auront tenu bon."
Les douleurs de l'enfantement c'est dire que toutes ces guerres, tous ces cataclysmes, toutes ces souffrances, toutes ces persécutions que nous connaissons et que l'histoire des hommes a connues depuis des siècles et des siècles et qui n'ont pas de raison de s'arrêter demain, tout cela c'est l'enfantement, l'enfantement d'un monde nouveau. Notre monde n'est qu'un monde temporaire, n'est qu'un monde caduc. Notre monde est marqué par la mort, il est marqué par le temps qui s'écoule, par l'effritement progressif de tout ce qui le constitue, qu'il s'agisse de nos corps, qu'il s'agisse des institutions humaines, qu'il s'agisse des nations et de tous les peuples. Tout cela est temporaire. Tout cela, peu à peu, se délite, se décompose, tout cela est marqué par la mort, mais au milieu de cela est enfanté un monde nouveau. Un monde nouveau que nous ne percevons pas encore, dont nous pouvons simplement pressentir les battements du cœur, les premiers linéaments, mais à vrai dire nous ne pouvons pas imaginer ce que sera ce monde nouveau qui dépassera de toutes parts ce que nous connaissons, ce que nous voyons, ce que nous imaginons et même ce que nous désirons, et même ce que nous pensons que sera ce monde nouveau. Il nous dépasse de toutes parts, mais il est en train de naître. Au cœur de chacun d'entre nous, au cœur de notre humanité, au cœur de notre histoire s'édifie mystérieusement, invisiblement, réellement un monde nouveau. Et un jour, quand les structures de ce monde caduc s'effondreront, quand toutes ces choses mortelles achèveront d'aller à leur mort, alors apparaîtra ce monde nouveau qui se sera forgé petit à petit à coups d'amour, à coups de souffrance, à coups d'offrande, à coups de don par tant de vies acceptées dans la souffrance, par tant de peines, de persécutions, à travers tout cela ce monde se sera petit édifié et il apparaîtra. Et alors ce sera la fin et ce sera pour nous-même et je l'espère pour le plus grand nombre de nos frères, le salut. Le salut c'est-à-dire l'accomplissement, le passage de ce qui n'est que provisoire à ce qui est définitif, le passage de ce qui est mêlé de tristesse et de souffrance à ce qui est le bonheur. Et ce bonheur ce sera d'abord la lumière du visage de Dieu rayonnant sur nous tous, rayonnant sur toute chose, rayonnant dans nos esprits et sur nos corps transfigurés, ressuscités, nos corps parvenus à leur plénitude en même temps que nos cœurs.
Alors cet enfantement doit nous donner une grande espérance, une grande force, un grand courage au milieu de toutes les épreuves, de toutes les difficultés que nous avons les uns et les autres dans l'intime de notre histoire ou dans notre participation à l'histoire des hommes. Cela doit nous donner un grand courage, une grande force d'âme parce que tout cela a un sens. Tout ce que nous vivons et tout ce que nous souffrons a un sens, c'est l'enfantement du monde nouveau. Telle est notre mission sur la terre, telle est la raison d'être de notre vie, telle est la raison d'être de l'histoire, mettre au monde le monde nouveau, faire naître l'éternité. Réjouissons-nous en cette fin d'année marquée comme toutes les fins d'année par bien des souffrances et des épreuves, réjouissons-nous car le Seigneur est proche.
AMEN