COMBIEN DE FOIS ?

Ph 2, 5-11 ; Mt 23, 33-39

(9 août 1993)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

N

ous entendons ces imprécations de Jésus s'adressant aux scribes aux scribes et aux pharisiens, à la foule des Juifs et le texte d'aujourd'hui nous donne la clé de cette colère de Jé­sus contre l'incrédulité de ses concitoyens. "Jérusalem ! Jérusalem, combien de fois j'ai voulu rassembler tes enfants à la manière dont une poule rassemble ses poussins sous ses ailes ?" Ce cri passionnément amoureux de Jésus s'adresse à Jérusalem, centre du peuple choisi, ville du Temple de Dieu, la ville où de manière déjà symbolique mais profondément réelle communiquaient le ciel et la terre dans le saint des saints du Temple, cette ville est aussi celle qui a tué les prophètes, qui a refusé les envoyés de Dieu, qui refuse ce prophète parmi les prophètes qu'est Jésus Lui-même et qui va le mettre à mort. Jérusalem est la ville où Jésus va être élevé en croix. Cette ville est comme le résumé de tout cet amour passionné de Dieu pour l'humanité tel qu'il s'est manifesté à travers tout l'Ancien Testament, Dieu choisissant ce peuple pour être le témoin de son amour devant toutes les nations, voici que cette ville ne sait pas reconnaître le temps de sa visite et qu'elle va laisser son Messie, le Bien-Aimé être rejeté, le livrer aux Romains pour être crucifié. C'est tout le drame de l'amour de Dieu pour Jérusalem, de l'amour de Dieu pour le peuple élu, de l'amour de Dieu pour tous ceux qu'Il choisit, de l'amour de Dieu pour ces hommes qu'Il aime passion­nément et qui, toujours, pas seulement les Juifs, mais tous ceux à qui Dieu s'adresse, se détournent de Lui et ne savent pas entendre sa voix.

Nous comprenons à ce moment-là pourquoi le Christ peut traiter de serpents et de vipères toux ceux qui l'entourent car Il comptait sur eux. Il avait misé sur leur amour, sur leur réponse pour les associer à son œuvre de salut et voilà qu'ils s'y refusent, voilà qu'ils s'en détournent, voilà même qu'ils mettent à mort les prophètes, les disciples que Jésus va encore leur envoyer. Car de même que Zacharie ou Jérémie ont été persécutés, de même Etienne sera lapidé, de même les apôtres seront mis à mort. Il y a là une sorte de drame entre Dieu et les hommes qui est le drame du péché. Non pas le drame de n'importe quel péché car il y a des péchés qui ne sont que faiblesse ou fra­gilité, mais ce péché "par excellence" qui est le refus, le refus de l'amour de Dieu, le refus de la Parole de Dieu, le refus de la parole passionnément amoureuse que Dieu adresse à l'humanité et qu'Il a d'abord adres­sée, comme de manière typique, à son peuple choisi.

Dieu ne se tient pas pour battu. Certes, puis­que Jérusalem a refusé, Jérusalem sera détruite non pas par une vengeance de Dieu mais par le dévelop­pement naturel de son péché qui est une ruine inté­rieure de cette ville, de ce peuple, de chacun d'entre nous. Le péché est destructeur, mais pourtant Jésus dit : "Vous ne Me verrez plus jusqu'à ce que vous disiez : "Béni soit Celui qui vient au Nom du Seigneur !" Il y a donc une espérance Un jour, ceux-là même qui ont refusé les prophètes, ceux-là même qui ont refusé le Prophète des prophètes, ceux qui ont refusé Jésus diront : "Béni soit Celui qui vient au Nom du Seigneur !" Il y a une lumière au bout de cette nuit, il y a une réconciliation, il y a une conversion. Un jour, du fond de leur péché, du sein de leurs ténèbres, les hommes se tourneront vers Dieu pour crier "Au secours !" et pour bénir "Celui qui vient au Nom du Seigneur" pour les sauver, pour reconnaître Jésus. Cette promesse qui s'adresse à Jérusalem, qui s'adresse au peuple juif, s'adresse aussi à chacun d'entre nous. Ce n'est pas pour toujours que nous nous enfermons dans le refus, ce n'est pas de façon définitive que nous sommes dans le péché. Il y a un moment où l'appel de Dieu percera la carapace de notre cœur, atteindra notre être profond et nous nous écrierons : "Béni soit Celui qui vient au Nom du Seigneur !" Alors nous le verrons. Cette condition de pécheurs que le Christ appelle désespé­rément et qui, un jour, entendront son appel, c'est la condition de chacun d'entre nous. Nous n'avons pas conscience d'être enfermés dans le refus au même titre que Jérusalem, pourtant chacune de nos journées est parsemée de ces petits refus, de ces moments où nous nous détournons de l'amour de Dieu, ou nous ne le reconnaissons pas, où nous nous détournons de l'amour de nos frères, où nous nous enfermons dans la carapace de notre orgueil et de notre égoïsme. Jésus nous promet que cet enfermement sera vaincu, qu'un jour nous entendrons sa voix et nous pourrons dire en toute vérité qu'Il est béni Lui qui est notre Sauveur.

 

AMEN