NE PAS JUGER SUR LES APPARENCES

Jg 13, 1-7 ; Mt 11, 16-24

(9 août 1993)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

J

ésus s'en prend à ses contemporains et aux juifs qui l'entourent dont la mauvaise foi refuse l'évi­dence. Malgré les œuvres accomplies par Jean-Baptiste, malgré les œuvres accomplies par Jésus, ils continuent à juger selon leurs critères propres et non pas selon ce qu'ils ont sous les yeux. De Jean-Baptiste dont la prédication les dérange, et malgré l'austérité de sa vie, ils disent : "C'est le démon qui le possède". Et de Jésus qui, Lui, est l'ami des pécheurs et mani­feste un visage de miséricorde, de Jésus qui ne prend pas un visage d'austérité dans le désert mais prend son repas avec les publicains et accueille les prostituées, ils disent : "C'est un glouton, c'est un ivrogne, c'est un ami des gens de mauvaise vie." Ils ne savent pas voir dans les œuvres accomplies par Jésus le signe que cette attitude du Christ n'est pas un relâchement ou un manque de dignité mais la manifestation de la miséri­corde de Dieu. Et Jésus est très sévère pour ses contemporains qui jugent ainsi, comme nous le fai­sons nous-mêmes. "Malheur à vous Bethsaïde, Coro­zaïn, Capharnaüm !" toutes ces villes qui s'enorgueil­lissent de leur fidélité à la Loi de Moïse. "Malheur à vous car les villes païennes valent mieux que vous, car si elles avaient vu les miracles qui sont accomplis en votre sein, elles se seraient converties !" Au lieu de se retrouver dans le paradis de Dieu, ils seront précipités dans les enfers.

Cette sévérité de Jésus doit nous donner à ré­fléchir. Bien souvent nous aussi, nous nous permet­tons de juger selon des critères tout humains, que nous imaginons être des critères de bienséance, de morale, de droiture. A partir de nos idées toutes faites nous pensons pouvoir condamner ou simplement classer en catégories nos frères, nos contemporains, ceux qui sont autour de nous. Combien de fois ne nous permettons-nous pas de juger tel ou tel selon les apparences et de dire : ils fréquentent des milieux que nous ne fréquenterions pas, ce ne sont pas des gens "convenables", ce ne sont pas des gens "de notre monde", de notre dignité, ils ne sont pas dignes d'être parmi nous. Et nous les rejetons à partir de simples apparences.

Pourtant la miséricorde de Dieu s'est mani­festée à nos yeux comme aux yeux des juifs contem­porains de Jésus. La miséricorde de Dieu qui est sans limite, infinie, et nous devrions savoir reconnaître cette miséricorde comme un signe de Dieu, comme le signe de la présence de Dieu dans nos frères que, trop souvent, nous méprisons à la légère. Faisons un exa­men de conscience pour remettre nos critères de ju­gement à la lumière de la révélation divine, de la ré­vélation de cette miséricorde manifestée en Jésus-Christ et de cet appel à la conversion qui s'adresse à nous aussi par la personne de Jean-Baptiste. Nous convertir, transformer notre vie, transformer notre regard sur les autres pour les regarder avec la ten­dresse et l'indulgence de Dieu. Que cette eucharistie soit pour nous l'occasion de ce retournement de notre cœur.

 

 

AMEN