DIFFICULTÉS DE LA MISSION
Jg 12, 1-7 ; Mt 10, 17-25
(3 août 1993)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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ans ce discours de saint Matthieu qui rapporte des propos de Jésus, on découvre la difficulté à laquelle se heurte le missionnaire. Difficulté face à la violence qui pourrait se développer contre lui ou contre le message qu'il a à proclamer. Violence que le Christ invite plutôt à éviter qu'à combattre en face. De même, on demande au disciple d'être fidèle persévérant non seulement fidèle dans sa foi mais aussi fidèle à une chose plus intime, plus intérieure qui est la voix de l'Esprit. On demande même au disciple de ne pas préparer sa défense parce que l'Esprit parlera en lui. On lui demande donc de ne pas s'inquiéter. Le passage que nous avons lu est donc une invitation à ne pas nous inquiéter ni de la violence qui nous entoure, ni des tribulations du monde, ni même de nous-même. Une sorte d'abandon à la Providence, une exhortation à la mission, mais une attention particulière à ne pas se laisser gagner par la panique face aux inévitables divisions, à ne pas prendre parti dans ces divisions mais à rester le témoin fidèle de l'Esprit saint malgré les tribulations du monde. De même si une ville rejette ces apôtres, ces missionnaires, ces témoins, ne pas se heurter face à la ville mais "secouer la poussière de leurs pieds et partir dans une autre ville" afin que ceux qui veulent accueillir la Parole l'accueillent librement.
Cette description relativement complexe nous pouvons la résumer en nous demandant si, parfois, en voulant défendre Dieu nous ne défendons pas seulement nous-mêmes. Si en voulant réduire la violence et la tribulation ce n'est pas uniquement nous-mêmes que nous voulons protéger. Est-ce que notre cœur est assez docile, ouvert, perméable à Dieu pour que ce soit vraiment Lui qui soit défendu à travers nous, Lui qui soit proclamé à travers nous et non pas nous-mêmes, parce que nous avons peur, parce que nous sommes inquiets et parce que nous voulons nous faire une place ? Je pense que l'évangile tente de se frayer un chemin dans la psychologie difficile de tous ceux qui ont à annoncer l'évangile et qui mêleront leur propre parole à la Parole toujours autre de Dieu. Il semblerait qu'il y a à quitter des yeux notre propre souci pour être habité par la Parole. Alors celle-ci sera vraiment vie et force pour nous.
Dans l'histoire de l'Église, des erreurs ont été souvent commises lorsque des hommes et des femmes ont cru nécessaire de combattre telle ou telle sensibilité. En fait ils défendaient davantage eux-mêmes que la Parole qui se frayait un chemin dans l'histoire des hommes. Nous sommes donc invités à être persévérants. La persévérance n'est pas une sorte de statisme intérieur mais une fidélité chaque jour renouvelée à la Parole qui vient frapper à la porte du cœur pour y faire sa demeure. Supprimons l'inquiétude intérieure et remplaçons-là par l'inquiétude d'être fidèle à l'Esprit Saint qui saura nous faire dire les paroles et nous donner le comportement digne de Dieu.
AMEN