JÉSUS DANS LE TEMPLE

Esd 9, 1-6 ; Mt 21, 12-22

(3 octobre 1992)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

J

e voudrais simplement attirer votre attention sur un détail de cet épisode des vendeurs chassés du Temple. Chaque fois qu'on lit cet évangile, on pense d'abord à cette colère de Jésus. Il faut pourtant ajouter pour corser le tout que ce trafic que dénonce Jésus était tout à fait légitime car le Temple ayant sa monnaie propre, quand les gens venaient offrir des sacrifices, ils devaient acheter des animaux et les payer en monnaie du Temple, donc il fallait des chan­geurs. Le Temple était une sorte de monde en soi et le système financier était prévu par la Loi puisque le poids des bêtes, la quantité de farine était indiquée en shekels du Temple ce qui exigeait une monnaie auto­nome. Comme les juifs étaient en territoire occupé par les romains, il fallait convertir l'argent nécessaire aux sacrifices. En réalité, Jésus a tranché dans le vif de la Loi pour dire que, désormais, tout ce trafic n'était plus nécessaire et ne faisait que déformer le sens du sacri­fice.

Mais ce que je trouve plus important pour nous aujourd'hui c'est que, au cœur même de ce récit, nous sont rapportées deux choses auxquelles on ne fait pas assez attention. La première c'est que "il y a des aveugles et des boiteux que Jésus guérit" et la deuxième c'est qu'il y a "des enfants qui chantent la louange de Dieu." Autrement dit, nous nous ne rete­nons que la cène de colère, mais il y a au moins trois éléments. Avec la colère, Matthieu a introduit la gué­rison des aveugles et des malades et la louange des petits qui excitent les pharisiens qui reprochent à Jé­sus de ne pas les faire taire. Et Jésus réplique : "S'ils se taisent les pierres mêmes crieront !"

Je trouve que, d'une certaine manière c'est l'Église et que l'on sent là une sorte de continuité entre le Temple et l'Église car nos assemblées sont faites de marchands du Temple, d'aveugles et de malades et d'enfants qui louent Dieu. Ce qui est l'Église aujour­d'hui c'est cela. Que nous le voulions ou non, nous portons tous dans un coin de notre cœur un côté "marchand du Temple", puis nous venons à l'église pour louer et célébrer Dieu, donc nous sommes un peu comme les enfants qui demandent à louer et célé­brer Dieu et qu'on veut faire taire, enfin nous avons tous un coin du cœur malade qui a besoin d'être guéri et pardonné par la miséricorde de Dieu.

Alors je crois qu'il ne faut pas s'étonner si notre Église, soit à travers les siècles, soit peut-être surtout aujourd'hui, présente à certains moments des visages si différents, si contrastés. Ce n'est pas éton­nant qu'elle ne soit pas toujours cohérente. Que vou­lez-vous, elle est composée d'enfants, de marchands du Temple et de gens qui sont malades. Tout cela fait une sorte de pot-pourri et de mélange qu'il est difficile de maîtriser. Et je trouve que c'est cela qui fait, je ne dirais pas son charme, mais du moins le caractère étonnant, le caractère provocant de l'Église. C'est que, en mettant tout cela ensemble, on arrive quand même à faire le peuple de Dieu. Et d'une certaine manière, même si Jésus est parfois obligé de se fâcher pour que notre côté pécheur et marchand du Temple ne prenne le dessus, en réalité, dans le même mouvement, Il a la miséricorde pour les malades et la joie d'accueillir la louange des enfants.

Alors je crois que cela nous invite à une cer­taine modestie, à un certain humour vis-à-vis de l'Église. Notre Église est ainsi. Nous sommes pé­cheurs, nous sommes malades et nous sommes en même temps des enfants. Mais ce qui est grand c'est que le Christ sait trouver l'attitude qu'il faut pour cha­que chose : la colère pour purifier notre égoïsme et notre manque de cœur, la miséricorde pour nous gué­rir de nos blessures, de nos souffrances et de notre péché, et la joie de la célébration, la joie de la liturgie, la joie du bonheur de chanter et de célébrer Dieu pour tous ceux qui ont un cœur d'enfant et pouvoir le louer ainsi.

 

 

AMEN