TU AURAS UN TRÉSOR DANS LE CIEL

Esd 8, 31-36 ; Mt 19, 16-30

(28 septembre 1992)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

L

'épisode célèbre du jeune homme riche nous interroge sur le problème du bonheur. Quand ce jeune s'approche de Jésus, il demande : "Que dois-je faire de bon pour obtenir la vie éter­nelle?" C'est donc la question du bonheur qui est po­sée. C'est comme si ce jeune homme disait : que dois-je faire pour accéder au bonheur ? D'une certaine ma­nière Jésus le teste. Tu cherches le bonheur et bien, vis selon la Loi. Le jeune homme ajoute : "J'ai, ob­servé tout cela" mais je n'ai pas trouvé le bonheur. Donc Jésus lui explique alors que la manière dont, jusqu'ici, il a vécu selon la Loi, ne peut lui apporter le bonheur.

"Si tu veux être parfait, vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres et tu auras un trésor dans le ciel, puis viens et suis-Moi !" Comme si cette rupture totale créait un véritable capital de bonheur dans le ciel et qu'ensuite on prendrait les moyens de l'exploi­ter qui est le "viens et suis-Moi !"

Avouez que ce n'est pas tout à fait notre ma­nière de penser. Habituellement nous pensons qu'il faut mettre en œuvre les moyens pour ensuite arriver à la fin et que la fin couronne tous les efforts qu'on a faits. C'était ainsi que pensait le jeune homme. Qu'est-ce que je dois construire pour arriver au résultat ? Et Jésus lui dit : Débarrasse toi de tout et tu auras le tré­sor et tu n'auras plus ensuite qu'à mettre en œuvre quelques moyens très simples. Comme si le "viens et suis-Moi !" était déjà totalement chargé du bonheur et du trésor qui est dans le ciel. Vous voyez la diffé­rence. Dans un cas, on met en œuvre un certain nom­bre de moyens et l'on espère qu'il en découlera du bonheur. Dans l'autre perspective, on accueille fon­damentalement un bonheur et ensuite on prend les moyens que le Christ nous indique, marcher à sa suite, pour côtoyer ce bonheur. Dans un cas, le bon­heur est un résultat, un certain d'achèvement d'une construction, si toutefois on y arrive, dans l'autre cas, le bonheur est fondamentalement donné et les moyens que l'on prend ne sont que la manifestation, la mise en œuvre quotidienne de ce bonheur fondamentalement donné par Dieu.

Vous voyez là un des aspects assez impor­tants de ce qu'on appelle parfois la morale chrétienne. Vous comprenez pourquoi c'est une morale du bon­heur. La plupart du temps, on dit : les chrétiens prê­chent une morale du bonheur mais leurs principes ne les rendent pas très heureux. Pourquoi ? Parce qu'alors on considère le bonheur comme une sorte de construction humaine. C'est nous qui, jour après jour, en appliquant les commandements, nous imaginons que nous aurons le bonheur. En réalité, nous ne cher­chons pas le bonheur de Dieu nous cherchons une sorte de bonheur à notre taille. Et Jésus dit l'inverse. "Vends tous tes biens, Tu auras le trésor" et pour mettre en œuvre ce trésor, "viens et suis-Moi !"

Chaque fois que nous célébrons l'eucharistie, nous recevons le trésor du ciel, nous recevons la pré­sence de Dieu, nous recevons le véritable bonheur. Il ne nous reste plus qu'une chose à faire, c'est de suivre le Christ.

 

 

AMEN