C'EST LA MISÉRICORDE QUE JE VEUX
Ep 4, 1-13 ; Mt 9, 9-13
(21 septembre 1992)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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'est la miséricorde que je veux et non le sacrifice !" le sens de cette parole est clair. Il est établi que Dieu se présente sous différents modes et a choisi de passer du régime de l'Ancien Testament au régime du Nouveau Testament. Pour établir les rapports avec Dieu, l'Ancien Testament préconisait d'offrir des sacrifices, rites nécessaires pour que Dieu leur accorde sa bienveillance. Dans le Nouveau Testament, il n'est plus question de sacrifices mais d'un attribut de Dieu, la miséricorde. On pourrait donc qu'en passant de l'ancien au nouveau Testament, Dieu a quelque peu "arrondi les angles" et a mis "quelque humanité" dans son jugement. En pensant ainsi la miséricorde comme un attribut de Dieu, comme une façon dont Dieu sèmerait dans ses rapports avec les hommes une philosophie un peu arrangeante, on abîme, on masque, on caricature ce qu'est la miséricorde de Dieu.
La miséricorde de Dieu n'exclut pas le jugement. Elle est même plus profondément vraie qu'un jugement artificiel. La miséricorde de Dieu c'est l'accès au cœur de Dieu. Ce n'est pas que Dieu aurait arrondi sa majesté, sa transcendance pour que nous puissions y accéder, mais c'est qu'Il dévoile davantage ce qu'Il est. Le sacrifice était un moyen pédagogique pour entrer dans sa relation, la miséricorde c'est le moyen le plus sûr, le plus net pour connaître son cœur. Ainsi le pardon, la miséricorde n'est pas une façon d'ensemencer notre vie d'un jugement plus léger, de l'entourer de circonstances atténuantes. Pas du tout. La façon dont Jésus est, dans sa vie, la façon dont Il passe si rapidement dans la vie de Matthieu. "Il vit en passant un homme assis au bureau des impôts" est la révélation violente, brutale, immédiate du cœur de Dieu, de ce qu'Il est pour l'homme. Et Matthieu reconnaît immédiatement dans la personne du Christ l'immensité du cœur de Dieu qui est tout tourné vers l'homme. La miséricorde n'est pas un attribut que l'on ajouterait aux autres attributs divins, mais elle est non seulement ce qu'est Dieu dans son essence, dans son être et elle indique une manière d'être divine.
Qui n'a pas rencontré dans sa vie la miséricorde de Dieu n'est pas encore un chrétien. Matthieu trouve sa vie renversée, bouleversée au point qu'il lâche tout, au point qu'il suit sans rien demander Celui qui est miséricorde, Celui qui dit la miséricorde du cœur du Père. Et un homme qui n'a pas eu son cœur brisé par cette miséricorde de Dieu n'est pas entré dans la relation que Dieu veut établir avec chaque homme, non pas dans le régime nouveau mais dans le régime plein. La miséricorde n'est pas une façon d'arrondir une relation, de prendre en compte nos imperfections. Loin de là, elle est une exigence pour nous, une façon d'être, d'agir et donc d'entrer en relation avec nos frères en agissant avec cette même miséricorde. Il n'y a pas de manière plus simple d'être de Dieu ou de parler de Lui ou d'être son disciple que d'agir envers les autres comme Il agit pour nous c'est-à-dire avec miséricorde.
Ainsi ce n'est pas un arrangement que Dieu donne dans le Nouveau Testament, c'est un accès à son cœur le plus intime qui doit, lorsque nous voyons cette miséricorde, lorsque nous la sentons renverser tellement notre vie que nous puissions nous lever de la table où nous sommes assis pour suivre et devenir le compagnon de Jésus. Nous pourrons alors entendre, comme l'évangile semble le dire après, cette demande de Dieu qui vient frapper à la porte de chaque pécheur pour entrer et pour souper comme le dit le livre de l'Apocalypse. Car seul un cœur touché par la miséricorde peut entendre cette douce voix qui, à chaque instant de notre vie, vient demander l'hospitalité, l'hospitalité pour le cœur de Dieu qui veut rencontrer le cœur de l'homme.
AMEN