JÉSUS MAUDIT LES PHARISIENS
Ex 9, 13-18+23-25 ; Mt 23, 13-22
(12 septembre 1991)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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près les contestations entre les pharisiens et Jésus, après les pièges qu'ils lui ont tendu au sujet de l'impôt, au sujet de la résurrection des morts, au sujet des plus grands commandements de la Loi, voici que maintenant Jésus prend Lui-même à partie les scribes et les pharisiens dénonçant leur hypocrisie.
Aujourd'hui, Jésus maudit les scribes et les pharisiens. Il les maudit non pas parce qu'Il les rejette, non pas parce qu'Il éprouve de la haine à leur égard car Dieu n'est que bonté, mais Il révèle la malédiction dont ils sont eux-mêmes les auteurs et les porteurs, cette malédiction qu'ils se vouent à eux-mêmes par la fermeture de leur cœur, comme tout pécheur qui s'endurcit dans son mal et qui refuse la miséricorde de Dieu toujours ouverte pour celui qui accepterait de revenir et de se convertir. Il ne s'agit donc pas d'un rejet des pharisiens, aussi bien Paul qui sera l'apôtre était lui-même un pharisien, mais il s'agit de manifester à leurs yeux et aux yeux des hommes qui pourraient les suivre quelle est la perversion de leur pensée et de leur cœur.
Dans les quelques lignes que nous venons de lire Jésus souligne deux aspects principaux de cette perversion. Il souligne d'abord ce qui est le péché propre des pharisiens. A force de distinctions subtiles, à force d'essayer de scruter la Loi, ils finissent par tomber dans un culte très formaliste de la rubrique. Ils décident qui si on jure de telle manière, on est tenu, si on juge de telle autre manière, on est quitte. Et c'est une sorte de casuistique extrêmement précise que Jésus condamne car ce ne sont que des inventions des hommes. Ce qui compte c'est que notre oui soit oui, que notre non soit non. Et comme dit Jésus "que l'on jure par le ciel ou par le sanctuaire", c'est toujours Dieu qui habite le sanctuaire et Dieu qui trône dans le ciel qui est en cause. Par conséquent il est vain d'établir ces distinctions légalistes, ce formalisme, il est vain de vouloir chercher dans le détail casuistique où est la faute, où est la permission.
Ce qui compte c'est l'attitude à l'égard de Dieu qui seul donne valeur au sanctuaire comme au ciel comme à toute chose sur la terre. Et si nous engageons notre parole, ce qui compte c'est que notre parole doit être vraie car Dieu est la vérité et que tout autre considération n'est qu'argutie des hommes. Il y a là chez les pharisiens une faute, un péché que l'on retrouve régulièrement dans toutes les religions et chez tous les dévots.
Chez les chrétiens aussi il y a eu et il y a encore quelquefois cette tendance à chercher ce qu'il faut faire exactement, à partir de quel moment on est coupable, jusqu'où l'on peut aller, quel est ce qui est véritablement défendu, ce qui est péché et ce qui n'est pas le péché alors que nous devrions tout simplement ouvrir notre cœur à la lumière de Dieu et savoir que si nous sommes emportés par la force de l'amour, nous allons vers Dieu, et toutes les fois que nous refusons cette force d'amour qui nous entraîne nous péchons quelle que soit la rubrique.
L'autre aspect de ces imprécations de Jésus contre les pharisiens vise non plus le contenu de leur doctrine mais la manière dont ils la répandent. A ce sujet Il leur fait deux reproches. D'abord celui de faire des disciples, des adeptes et de pervertir leur cœur car il ne suffit pas que notre pensée soit mauvaise, il est pire encore que nous communiquions à d'autres cette déformation de notre pensée ou de notre cœur. Si nous faisons tache d'huile autour de nous, notre culpabilité est plus grande encore et nous devons être très attentifs à cet aspect, si je puis dire apostolique en négatif, en creux, de notre vie car l'exemple que nous donnons, les paroles que nous prononçons, les attitudes que nous avons, peuvent induire en erreur ceux qui nous entourent, nos frères, nos proches ou simplement nos voisins, ceux qui nous voient vivre. Il ne suffit pas de gérer sa propre vie, nous sommes aussi responsables de la vie des autres, de la vie de ceux qui sont à nos côtés et qui peuvent être déformés par notre propre manière d'être.
Et le deuxième reproche de Jésus aux pharisiens dans leur relation avec leurs disciples c'est de fermer la porte du Royaume pour eux-mêmes et pour les autres, c'est-à-dire d'établir une sorte d'étanchéité entre eux-mêmes et la Parole de Dieu et d'en détourner les autres. Non seulement nous faisons tache d'huile par nos mauvais exemples, mais encore par là même nous séparons ceux qui nous suivent de la Parole et de l'amour de Dieu.
Ceci est extrêmement grave car nous pouvons être responsables de cette déviation, de cette déformation du cœur de nos frères qui n'arrivent plus à rencontrer le Seigneur. Il arrive que, à cause de notre colère, de notre manque de charité, de notre incapacité à aimer, à cause de notre refus d'ouverture du cœur, nous soyons pour les autres rupture entre eux et Dieu et qu'ils se détournent du salut.
Soyons bien conscients de cette responsabilité car notre façon de vivre peut avoir des conséquences qui dépassent notre volonté, nos intentions mais être très néfastes pour ceux qui nous entourent. Que le Seigneur nous donne la lumière sur nous-même afin que nous puissions aider les autres à aller vers le Seigneur et non à être pour eux un obstacle.
AMEN