JÉSUS CHASSE LES VENDEURS DU TEMPLE

Ex 7, 14-17+20-21 ; Mt 21, 12-22

(4 septembre 1991)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

S

i nous nous laissons atteindre par la personne de Jésus, comment ne nous laisserions-nous pas atteindre par sa Parole, par ce que l'évan­gile nous dit de Lui-même. Ce que nous avons en­tendu aujourd'hui se passe après l'entrée messianique à Jérusalem alors que les foules l'ont acclamé.

Ce geste de Jésus chassant les vendeurs du Temple est un geste prophétique. Par les gestes et non plus simplement par la parole, Jésus annonce une théophanie de Dieu, une manifestation du Seigneur. Le geste doit être visible et significatif pour les hom­mes afin qu'ils puissent y lire la volonté de Dieu, ce que Dieu désire pour chaque homme. Qu'est-ce que Dieu désire pour les hommes que Jésus a rencontrés à son époque ? Qu'est-ce que Dieu désire pour nous aujourd'hui dans ce signe prophétique du Christ chas­sant les vendeurs ?

C'est tout simplement ce que nous dit Jésus, en reprenant l'Écriture : "Ma Maison sera appelée une maison de prière, mais vous en faites un repaire de brigands." En ceci le Christ reprend un oracle d'Isaïe: "Je les mènerai à ma sainte montagne" entendez Sion, la montagne sainte où est construit le Temple, je les comblerai de joie dans ma maison de prière. Leurs holocaustes et leurs sacrifices seront agréés sur mon autel, car ma maison sera appelée maison de prière pour tous les peuples."

Ce que Jésus révèle dans ce geste c'est un certain paradoxe, voire un antagonisme contre ce qu'est le Temple à son époque et cet oracle qui an­nonce le Temple comme une maison prière où tous les peuples peuvent venir louer le Seigneur. Paradoxe justement car tous les peuples ne peuvent pas venir au Temple prier le Seigneur. Il y a les païens, il y a tous ceux qui sont rejetés car ils ne peuvent franchir un parvis pour aller vers le saint des saints. Mais il y a pire, il y a tous les humbles, il y a tous les petits, il y a tous les infirmes car, il faut le savoir, les infirmes ne pouvaient pas entrer dans le Temple. Il fallait être dans son intégralité humaine pour pouvoir franchir l'un ou l'autre parvis. Et voilà où a lieu le bouleverse­ment. Il ne réside pas tant dans le fait que le Christ renverse les étals des marchands, qu'il balance l'argent et libère les colombes. Le bouleversement réside dans le fait que le Christ entre dans le Temple avec les petits et les infirmes. Voilà le véritable signe, voilà le véritable geste. "Il y eut des aveugles et des boiteux qui s'approchèrent de Lui dans le Temple et Il les guérit."

Cela signifie que ce Temple n'était que la fi­gure du nouveau Temple. Et il est significatif que ce soit les boiteux, les aveugles qui reconnaissent ce geste théophanique. Il est significatif que ce soit les petits qui louent ainsi Dieu : "Hosanna au Fils de David". D'où l'indignation des grands-prêtres qui ne vient pas tant de ce que l'on ait renversé quelques banques de commerce, mais que des petits osent dire de cet homme qu'Il est le Fils de Dieu, qu'ils osent proclamer la messianité de Jésus dont les grands-prê­tres savent puis qu'Hérode les avait convoqués lors de la visite des mages, qu'Il doit naître à Bethléem et non pas à Nazareth. Qu'est-ce que cela signifie ? Que fi­nalement le nouveau Temple n'est pas celui que l'on vient de construire et qui n'est pas encore achevé, mais le nouveau Temple c'est Jésus Ressuscité, pré­sent dans son Église.

Et là, c'est le geste par excellence. Dans ce temple, c'est-à-dire dans le Christ effectivement va se réaliser l'oracle d'Isaïe : "Tous les peuples viendront et ma Maison deviendra maison de prière !" Non pas parce qu'on aurait construit un temple plus grand, plus beau, que l'on aurait enfin purifié de toute souillure humaine, mais parce que le véritable temple c'est le Christ et que là, effectivement, tous peuvent venir le reconnaître. Il faut avoir cette humilité qui n'est pas une infirmité que de reconnaître, à travers le visage d'un homme, le visage de Dieu. Avoir cette humilité de se recevoir de Dieu pour aller en Lui et pour que Lui vienne en nous, afin que le nouveau temple que nous constituons avec Lui soit effectivement Maison de prière.

Ne soyons pas comme ces grands-prêtres que Jésus planta là. "Et les laissant, Il sortit de la ville et alla vers Béthanie" la maison de pauvreté, comme Il sortira, au jour de sa Pâque hors de Jérusalem pour être crucifié, à l'extérieur des remparts, afin de cons­tituer en sa personne le lieu où tous ceux qui ont soif et faim de justice, afin de constituer en sa personne pour tous ceux qui sont blessés dans leur cœur, le véritable temple, afin que lorsqu'Il sera "élevé de terre", il puisse, en effet "attirer tout à Lui" tous les peuples, pour que le véritable sacrifice, c'est-à-dire la véritable louange, parvienne aux oreilles de Dieu, pour que le cri de tous les infirmes, de tous les pau­vres, de tous les humbles arrive aux oreilles de Dieu.

Ainsi le nouveau Temple sera effectivement maison de prière, ainsi se réalise pour nous cette pro­messe que Dieu fait bien un avec nous pour que notre vie soit une louange au Seigneur aujourd'hui et tou­jours puisque nous sommes temples de l'Esprit Saint.

 

 

AMEN