UN MÊME SALUT POUR TOUS
Ex 7, 6-13 ; Mt 20, 1-6
(2 septembre 1991)
Homélie du Frère Bernard MAITTE
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et évangile pourrait nous rappeler que les dictons ont quelque chose de vrai. Nous aimons à citer : "Les derniers seront les premiers et les premiers seront les derniers." En espérant être les derniers pour enfin, une fois, être les premiers. Mais je crois qu'il nous est donné de méditer aujourd'hui sur la gratuité du salut que Dieu nous offre.
La vigne c'est l'image vétéro-testamentaire d'Israël qui fait l'objet de la sollicitude de Dieu considéré comme un père, comme un vigneron qui prend soin de chacun de ses plants. Il nous est ainsi signifié que la vigne c'est aussi ceux qui viennent y participer, y travailler. Il n'y a pas que des plants mais il y a aussi des ouvriers. Ces ouvriers qui arrivent au fur et à mesure que les heures passent sont à l'image de ce qu'Israël a vécu dans ce dessein de salut que Dieu a tracé pour lui tout au long de l'histoire. Israël a reçu les promesses, Israël était le plant choisi. Il a fait l'objet de la première élection du premier choix de Dieu. C'est le premier ouvrier qui nous rappelle, comme le disait Pie XII, que nous sommes spirituellement des sémites c'est-à-dire que nous sommes redevables au peuple hébreu d'avoir accepté la Révélation, d'avoir été ce premier plant, cette première vigne à laquelle le Seigneur a donné toute sa sollicitude, cette vigne avec qui le Seigneur a voulu faire alliance. Et nous, nous sommes les ouvriers de la dernière heure. Les païens que nous sommes, sont entrés bien tardivement dans cette vigne et, eux aussi sont participants au travail du salut qui doit s'accomplir au fur et à mesure de l'histoire
C'est là où se place Jésus, au niveau du salut. Le salut est le même pour tous. C'est la seule façon d'être véritablement égaux. On a beau dire, même avec deux cents ans d'expérience "Liberté, égalité, fraternité" la seule véritable égalité réside face à Dieu qui nous donne entièrement son salut, à tous. Il ne réserve pas une part plus ou moins grande selon que les gens sont arrivés en premier ou en dernier.
Dans ces cas-là, il est vrai notre pauvre petite justice sociale, et c'est pour cela que nous n'aimons pas la finale de cet évangile, ne peut pas s'appliquer à la justice divine. Celle-ci est miséricordieuse envers tous et non selon une échelle de valeurs simplement humaines mais de valeurs divines La grâce du Seigneur nous est donnée entièrement et lorsque le Seigneur donne sa grâce, Il ne peut pas la mesurer. Elle dépasse toujours ce qu'Il est, elle dépasse entièrement ce que nous sommes pour que chacun puisse recevoir le salut de Dieu d'une façon débordante et que l'on sente bien que le salut de Dieu, la grâce de Dieu, n'est pas simplement due à nos mérites ou à une valeur quelconque de nos actes, mais que nous sommes bien ces tout-petits, ces derniers qui arrivons les mains vides devant le Seigneur pour recevoir le même salaire que tous ceux qui nous ont précédé dans le Royaume de Dieu.
Méditons cela. Ne soyons pas mesquins au niveau du salut. Sachons le vivre dans la plénitude de ce qui nous est donné. Et ne vous en faites pas, même si vous avez déjà, travaillé depuis longtemps à la vigne du Seigneur, je dirais réjouissez-vous car de toute façon le salut de Dieu comble et il vous comble déjà dans ce que l'on appelle la vie sacramentelle. Au fur et à mesure de chaque eucharistie, de chaque communion, nous travaillons à l'expansion du Royaume dans notre monde et nous profitons déjà de la gratuité de ce salut que nous ne méritons pas, vous le sentez bien.
Même si parfois cet évangile a été utilisé par les Jansénistes pour signifier que finalement il n'y avait que quelques élus, on se rend très bien compte que c'est faux car l'élection que Dieu a réservée est une élection pour chaque homme parce que chaque homme est capable de la grâce de Dieu. Chaque homme est capable de recevoir le salut, chacun à son niveau, à son histoire, qu'il arrive le premier ou le dernier. Le plus important c'est que chacun d'entre nous sera rempli de la miséricorde de Dieu comme nous le sommes déjà lorsque nous communions à son corps et à son sang.
AMEN