MAÎTRE DU SABBAT

Ep 5, 15-20 ; Mt 12, 9-21

(10 juillet 1991)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

L

orsqu'on lit ce texte de la guérison de l'homme à la main desséchée, on a l'impression que Jésus enfonce des portes ouvertes. Il dit qu'Il a le droit de guérir quelqu'un le jour du sabbat puisque s'il y a nécessité de retirer une brebis du fond d'un puits il est possible de le faire même un jour de sab­bat. Il faut savoir que là-bas les puits n'avaient pas de margelle ce qui explique que les brebis pouvaient tomber dans les puits. Les puits n'ont pas de protec­tion au Moyen Orient, c'est pourquoi les brebis ou les ânes ou autres animaux pouvaient y tomber. Si la brebis est tombée, on ne sait pas dans quel état elle est, mais il faut aller la chercher tant pour la sauver que pour sauvegarder le puits.

En réalité, le raisonnement de Jésus est vrai, mais Il veut dire beaucoup plus et je crois que, dans une histoire apparemment anodine, Jésus affirme des prérogatives divines. Jésus guérit le jour du sabbat et dans la Loi c'est interdit. Donc, s'Il agit le jour du sabbat, c'est parce qu'Il fait une œuvre plus importante que le sabbat. Or cette œuvre ici est une guérison. Une guérison c'est une œuvre de salut. Jésus s'affiche donc comme le Sauveur et Il en a le droit car Il sauve pour le sabbat. Car qu'est-ce que le salut ? C'est, par la réconciliation et le pardon du Christ, entrer dans le repos et la paix avec Dieu. C'est donc entrer dans le sabbat. Donc, d'une certaine manière, Jésus retourne les conditions. Il dit : Jusqu'ici, vous pensiez que vous étiez dans le véritable sabbat et qu'en observant les règles strictes de la Loi au sujet du respect du sabbat, vous étiez dans la légalité. En réalité, le sabbat ne se justifie pars pour lui-même car je vous apporte un autre ordre de repos de Dieu qui est le repos définitif. Or pour cela tout doit être mis en œuvre et spéciale­ment mes actes de salut. S'ils sont mis en œuvre le jour du sabbat, cela n'a pas d'importance, étant donné qu'il s'agit de vous faire entrer, par cette œuvre, dans le véritable repos de Dieu. Donc, quand Il affirme qu'Il est le maître du sabbat, ce n'est pas simplement une sorte d'autorité légale plus grande qu'il exprime, mais Il affirme véritablement que, désormais, le sab­bat c'est Lui, c'est-à-dire la réconciliation avec Dieu, la paix avec Dieu, le repos définitif, l'entrée dans la Pâque et le mystère définitif de Dieu, c'est Lui.

Par conséquent, il se produit comme une sorte d'inversion des valeurs. Dans le monde juif, le sabbat est un but en soi. D'une certaine manière, au-delà du sabbat, il n'y a rien. Et cela est profondément judaï­que. le sabbat est la participation, dès ici-bas, au repos de Dieu, et l'on ne bouge plus. Or Jésus renverse le principe, Il dit que le sabbat n'est pas une fin en soi. Par conséquent, je puis utiliser le sabbat pour faire des œuvres qui vont conduire à quelque chose de plus grand que le sabbat. A travers cette petite controverse qui relève du simple bon sens se profile le problème de la divinité du Christ comme seul capable de nous introduire dans le repos de Dieu.

Dans l'Église primitive, à travers des parabo­les, des récits ou des interventions de Jésus dont on avait gardé le souvenir, on savait évoquer en quelques mots, à travers quelques allusions, presque des têtes d'épingles, le mystère même de la divinité du Christ. Sûrement que Jésus avait saisi l'occasion pour faire comprendre à ses auditeurs que le sabbat dont Il était le maître est d'un autre ordre que celui des juifs. Mais ceci doit nous apprendre à découvrir dans l'évangile ces indications presque cachées comme le levain dans la pâte ou comme le Serviteur dans son peuple pour en saisir toute la force et toute la portée, comment Jésus a affirmé sa divinité en se plaçant au-dessus du sabbat mais l'affirmer avec une très grande discrétion, avec une très grande délicatesse de telle sorte que cela laisse notre foi entièrement libre ainsi que notre adhé­sion.

Demandons d'être affermis dans ce mystère de la divinité du Christ.

 

 

AMEN