EXIGENCES DE L'ÉVANGILE

Ep 2, 11-13 ; Mt 7, 6-12

(20 juin 1991)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

D

ans cet évangile, trois divisions : ne pas pro­faner les choses saintes, l'efficacité de la prière et la règle d'or : faites aux autres ce que vous aimeriez que l'on fasse pour vous.

Depuis le verset 19 du chapitre sixième saint Matthieu a condensé plusieurs règlements qui sont à regrouper sur ce qu'on pourrait appeler les exigences de l'évangile, ce qu'il nous faut faire en vue du Royaume de Dieu. Cette exigence est posée et impli­que une justice à réaliser, pour que ce Royaume puisse être le lieu de rassemblement de tous ceux qui ont été choisis et voulus par Dieu pour vivre dans la justice et dans la paix.

Le premier précepte est celui de ne pas profa­ner les choses saintes. Il y est question à la fois des chiens et des porcs. Les chiens sont les ennemis d'Israël et à l'époque les porcs désignaient les ro­mains. saint Matthieu fait certainement allusion au fait que le prosélytisme doit savoir emprunter les chemins des hommes. C'est d'ailleurs la différence entre le prosélytisme et l'évangélisation. Lorsque l'on évangélise, il ne faut pas appliquer "de l'extérieur" notre foi, notre doctrine ou nos idées et les plaquer sur les hommes en voulant à tout prix qu'ils croient. Mais il faut savoir d'abord s'intéresser à la réalité de ce que vit cet homme, de ce qu'il est pour lui faire découvrir en quoi Dieu réalise en lui un véritable acte d'amour. En ce sens lorsqu'il s'agit d'annoncer, il ne s'agit pas de tout annoncer de l'évangile mais de savoir l'annon­cer à quelqu'un en particulier, non pas comme un pro­gramme. Nous ne sommes pas un parti, nous n'avons pas à dérouler un ensemble d'exigences de foi ou une vérité que l'on n'essaierait même pas d'expliquer.

Lorsque la Didachè expliquait ce que repré­sentaient les perles ou les choses saintes, elle pensait à l'eucharistie, ce sacrement qu'il ne faut pas donner sans préparation car il y aurait alors une inadéquation entre ce que l'on est et ce que Dieu réalise à travers les sacrements. Tout sacrement demande une prépa­ration. Il ne s'agit donc pas de précipiter vers les sa­crements ceux que nous évangélisons mais de les pré­parer à cette rencontre avec Dieu. Avant l'amour il y a la connaissance L'une implique l'autre. Dès que l'on connaît, on peut aimer, mais l'un ne peut pas se faire sans l'autre.

Quant-à l'efficacité de la prière, on pourrait croire qu'il y a contradiction. Dans un autre passage, il nous est dit : "Dieu sait ce dont nous avons besoin !" Et ici, il nous est demandé de demander pour rece­voir, de frapper pour qu'on nous ouvre, de crier vers Dieu afin qu'Il nous exauce. Il ne s'agit pas tant de demander que de s'inscrire dans une attitude de fils à l'égard du Père. C'est là un très grand progrès dans la prière car nous n'apportons plus à Dieu notre justice ou nos œuvres pour qu'Il les récompense, mais nous nous inscrivons dans cette attitude filiale qui permet un autre niveau de relation avec Dieu et qui est la première attitude fondamentale pour la prière. Quand nous disons Père ! Abba ! Papa ! ce n'est pas pour nous un abaissement mais une élévation au niveau de l'attitude à avoir dans la prière.

Par la règle d'or, saint Matthieu veut montrer que toute l'Écriture se réalise lorsque non seulement on a eu cette attitude filiale envers Dieu mais lorsque nous réalisons entre nous la fraternité. Le philosophe Socrate avait déjà expliqué cela sur le thème de la justice sociale. Si nous réélisions déjà toute la justice sociale, le monde n'irait pas si mal. Mais l'évangile, comme toujours, nous appelle à un dépassement. Il ne s'agit plus de rendre ce que l'on doit mais d'avoir une attitude de frère envers l'autre.

En communiant au corps et au sang du Christ puissions-nous nous inscrire dans cette prière de l'Église qu'est l'eucharistie, dans cette attitude filiale envers ce Père à qui nous réclamons tout et réaliser cette fraternité signe que l'évangile se réalise, grandit dans nos cœurs et que l'Église est signe que Jésus a réalisé cette union parfaite entre Dieu et l'homme en étant notre frère, en étant nous enfants de Dieu et cette Église qui se construit jour après jour dans les sacrements.

 

 

AMEN