MALHEUR A VOUS
Jb 38, 1-11 ; Mt 23, 13-22
(3 octobre 1989)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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alheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites. Vous fermez aux hommes le Royaume des cieux. Vous n'y entrez pas vous-mêmes et vous ne laissez pas entrer ceux qui le voudraient." Peut-être faut-il nous examiner à la lumière de ces paroles ! Quelquefois nos fautes ne sont pas seulement quelque chose qui nous empêche d'aller vers Dieu, mais aussi quelque chose qui empêche nos frères de rencontrer Dieu. Il y a une façon d'être chrétien d'une manière si étroite, si peu miséricordieuse, qui semble donner de Dieu une présentation si tyrannique comme d'un justicier qui nous épie, qui compte tous nos pas, que cette façon d'être des fidèles de Dieu dégoûte les autres de s'approcher de ce Dieu-là. Il faut que nous songions à cette responsabilité qui est la nôtre, non pas à l'égard de notre propre salut et de notre propre vie, mais à l'égard du salut et de la vie éternelle des autres.
Bien sûr, beaucoup de gens, s'ils ne sont pas croyants ou pas chrétiens, c'est par négligence, c'est parce qu'ils ne prennent pas le temps ni la peine de chercher le sens de leur vie ou ce qui pourrait être au cœur de l'existence du monde. Mais il en est d'autres aussi qui sont éloignés de Dieu et de l'Église par le visage de Dieu que l'Église, c'est-à-dire nous, leur présentons ou par le visage de l'Église que nous représentons à leurs yeux. Il y a parfois quelque chose de tellement décevant, de tellement triste, de tellement peu engageant, de tellement peu attirant dans des communautés chrétiennes, ces communautés qui ont l'air maussade, ou plus encore qui ont l'air de juger les autres, de multiplier les obstacles, les interdits qui représentent une attitude tellement étroite, tellement fermée, que beaucoup de gens de bonne volonté ne peuvent même pas deviner le visage de miséricorde de Dieu qui est en réalité au cœur de cette Église.
Dieu a voulu se livrer entre nos mains. Ce n'est pas seulement entre les mains des juifs qu'Il s'est livré, entre les mains des Romains. C'est entre nos mains à nous qu'Il s'est livré. Et Il accepte de courir ce risque que nous fassions de Lui une caricature, que nous le défigurions tout aussi sûrement que L'ont défiguré les bourreaux. Il ne s'agit pas de défigurer physiquement en lui tapant dessus, en lui crachant au visage, mais de le défigurer dans l'image qui est la sienne aux yeux des hommes. Et ceci est aussi grave et peut-être même plus grave. Quand nous allons vers Dieu, quand nous prions Dieu, quand nous nous rassemblons pour parler de Dieu, pour prier Dieu, quelle image de Dieu donnons-nous aux hommes ? Est-ce que cette image est vraiment celle du Bon Pasteur ? Est-ce vraiment celle de ce Dieu d'amour, de ce Dieu de miséricorde, de ce Père qui est au bord du chemin et qui attend impatiemment le retour de l'enfant prodigue ? Est-ce cette image-là ou bien une autre image que nous nous sommes fabriquée à cause de nos complexes, parce que nous sommes mal dans notre peau ou bien parce que nous avons eu une expérience difficile, une éducation un peu dure, toutes sortes de choses qui expliquent peut-être notre attitude mais qui ne la justifient pas. Nous n'avons pas le droit de fermer la porte du ciel à nos frères, pas plus que les pharisiens avaient le droit de rendre le chemin du Royaume impraticable.
Alors examinons-nous sur cette dimension apostolique, non pas de nos activités pastorales, mais de notre vie de tous les jours, de nos conversations de tous les jours, de notre attitude chrétienne quotidienne la plus ordinaire. C'est très important. C'est là-dessus que les autres non pas nous jugent mais parfois jugent l'Église et jugent de l'attitude de Dieu à leur égard. Ceci est une grosse responsabilité. Demandons au Seigneur de nous éclairer.
AMEN