LIÉ OU DÉLIÉ
Jb 24, 2-5+7-90???+10-12 ; Mt 18, 1-10
(19 septembre 1989)
Homélie du Frère Michel MORIN
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out ce que vous aurez lié sur la terre le sera éternellement dans les cieux, ce que vous n'aurez pas délié sur la terre ne le sera jamais dans les cieux !" Habituellement nous comprenons cette parole comme étant une sorte de définition de logique dogmatique du ministère de Pierre dans son autorité infaillible. Cela n'est pas une interprétation fausse puisque quelques paragraphes auparavant, dans le même évangile de Matthieu, il est dit à Pierre que les portes de l'enfer ne pourront rien contre l'Église. "Je te donnerai les clés du Royaume des cieux, ce que tu lies sur la terre sera tenu dans les cieux pour lié, quoique tu délies sur la terre sera tenu dans les cieux pour délié." Il est évident que cette promesse faite à Pierre concerne tout ce qui est contre l'Église, le mal, le péché, les portes de l'enfer. Cette interprétation plus théologique, plus dogmatique du ministère particulier de Pierre, Jésus la confirmera encore comme il est dit lors de son apparition aux disciples dans l'évangile de saint Jean, le soir de Pâques : "Il souffle sur eux, leur donne l'Esprit et leur dit : Les péchés seront pardonnés à qui vous les pardonnerez, ils ne le seront pas à qui vous les retiendrez."
Mais il y a une autre interprétation qui nous est livrée dans le contexte de l'évangile d'aujourd'hui où il ne s'agit pas de l'autorité sacramentelle, de ce pouvoir que le Christ a remis aux apôtres et à leurs successeurs, de pardonner sacramentellement les péchés. Ici le même texte "lier et délier sur terre ou au ciel" est inclus par Jésus Lui-même dans un paragraphe sur le pardon mutuel. Ce qui veut dire, et c'est profondément théologique que le ministère officiel de Pierre, c'est aussi le ministère officiel de chaque chrétien. Le pouvoir de réconciliation des apôtres n'est pas une sorte de privilège. Il est simplement cette manifestation officielle du fait que chaque chrétien de l'Église des apôtres doit vivre aussi, le ministère de la réconciliation.
Tant et si bien que ce ministère personnel de la réconciliation mutuelle est grevé de la même importance et du même avenir que le ministère officiel de Pierre et des apôtres dans le sacrement de réconciliation. "Ce que vous aurez pardonné sera pardonné, ce que vous n'aurez pas pardonné ne sera pas pardonné." Ce que vous aurez lié sera lié au ciel, ce que vous ne voulez pas lier ne sera pas lié au ciel. Quand vous vivez la réconciliation, le pardon avec vos frères, vous êtes dans le Royaume : c'est la clé du Royaume. C'est cela "les clés du Royaume", ce n'est pas je ne sais quel pouvoir discrétionnaire qui serait réservé aux élites de l'Église ou à la haute hiérarchie. La clé du Royaume c'est le pardon. C'est le pardon que nous recevons, parce qu'il ouvre en nous la miséricorde de Dieu et nous lie avec le ciel. Il rétablit en nous cette alliance entre la chair mortelle et pécheresse et la chair parfaite du Christ Fils de Dieu. Si nous ne vivons pas dans ce lien reçu et partagé avec les autres, nous délions l'alliance que le Christ vient sceller avec chacun de nos frères. Et Jésus nous met en garde de la façon suivante : "Le Père ne veut pas qu'un seul de ces petits ne se perde". Et la garde des petits c'est nous qui l'avons parce que c'est à nous qu'a été donné ce ministère, ce mystère du pardon réciproque, en tant que fils de Dieu, puisque nous-mêmes l'avons reçu totalement au jour de notre baptême et c'est renouvelé régulièrement par le sacrement de pénitence.
Alors nous avons une charge ministérielle en tant que fidèles du Christ de vivre ce ministère officiel du pardon par notre propre réconciliation réciproque. En sachant bien qu'à ce moment-là nous tissons ou nous ne tissons pas la chair du Royaume dans le monde d'aujourd'hui. C'est une charge importante, elle est aussi importante dans le cœur, la liberté et l'agir de chaque chrétien qu'elle l'est dans le ministère officiel du sacrement de réconciliation, tant et si bien que les deux doivent vivre ensemble et s'alimentent et se justifient mutuellement Oui, frères et sœurs, dans votre vie, par vos gestes de pardon de réconciliation, d'alliance, vous tissez le Royaume. Et quand vous vous refusez à cela vous vous refusez à ce tissu intérieur du Royaume au risque de perdre l'un de ces petits que le Père aime et dont Il ne veut pas la perte. Mais il y a là quelque chose de mystérieux qui est remis entre nos mains : cette volonté du Père de sauver tous les petits, tous les pauvres, tous les pécheurs. Et c'est nous qui avons en mains les clés, en tout cas une partie des clés de leur propre salut par notre pardon, par notre réconciliation, par cette manière évangélique, à l'image du Christ, que nous avons de vivre les uns avec les autres en tant qu'êtres pardonnés, réconciliés, fils du Royaume.
AMEN