L'ORGUEIL
Jb 22, 21-30 ; Mt 16, 21-28
(11 septembre 1989)
Homélie du Frère Michel MORIN
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e psaume 18 que nous venons de chanter nous a fait proclamer une des leçons que le Christ veut nous donner dans cet évangile : "Préserve ton serviteur de l'orgueil ! Qu'il n'ait sur moi nul empire. Alors je serai irréprochable Et pur du grand péché !"
Pour le psalmiste, déjà, le grand péché c'est le péché d'orgueil. Et n'est-ce pas cela que Jésus veut partiellement signifier à Pierre quand Il le traite tout simplement de Satan ? Car qui est Satan sinon celui qui a voulu s'ériger égal à Dieu et qui donc s'est révolté de ne pas pouvoir être l'égal de Dieu.
Quand Jésus dit à Pierre : "Retire-toi derrière Moi !" est-ce qu'il ne lui désigne pas ainsi ce qu'il y a dans notre cœur, ce péché d'orgueil dans la connaissance ? Et lorsque Jésus dit à ses disciples : "Que sert à l'homme de gagner l'univers entier s'il perd sa propre vie," est-ce qu'Il ne désigne pas cette domination orgueilleuse des choses de ce monde qui font perdre à l'homme ce qu'il est, ce qu'il est seulement : une créature, et non pas le maître du monde ?
Ces deux exemples tant pour Pierre que pour la connaissance et la domination du cosmos, vont à l'encontre de la condition créationnelle de l'homme, car Adam a voulu connaître Dieu. Il a voulu, à l'instigation de Satan, être l'égal de Dieu, connaître le bien et le mal et presque dicter à Dieu ce que lui-même Adam aurait voulu. Comme Pierre : "Non, cela ne se passera pas ainsi ! car au fond, je ne veux pas que cela se passe ainsi". Et à ce moment-là, Adam comme Pierre a été mis à l'écart, de façon symbolique, du Royaume de Dieu. Et lorsque, à la suite d'Adam, l'homme veut dominer le monde en tant que maître de ce monde sans se souvenir qu'il y a un commandement de Dieu, qu'il y a une connaissance qui est propre à Dieu, celle symbolisée par l'arbre du bien et du mal, quand l'homme dépasse cette limite, il s'exile du Royaume, de la présence de Dieu parce que l'orgueil de l'homme, comme le dit le psalmiste, est le plus grand des péchés. Et quand il a empire sur nous, quand il a prise sur nous, il obscurcit notre cœur, notre intelligence, notre connaissance et il nous fait perdre ce que nous sommes vraiment, donc le sens de notre vie.
Ce péché d'orgueil nous habite bien sûr puisque c'est la racine même du péché. Peut-être que parfois il remonte à la surface de notre foi lorsque, tout en croyant à la présence de Dieu, nous aimerions parfois qu'Il passe un peu derrière, parce que nous ne supportons pas qu'Il soit devant c'est-à-dire qu'Il soit "la Voie, la vérité et la vie", comme le dit Jésus. Ou alors nous préférons que notre vie soit en présence du Christ, mais nous supportons mal ce que disait saint Paul : "Ce qui vis en moi, ce n'est plus moi, c'est le Christ !" C'est cela perdre sa vie et c'est cela cette condition d'humilité, je ne dis pas d'humiliation, d'humilité par rapport au Créateur, où nous ne sommes que des créatures, que des serviteurs dont il veut faire ses amis en nous rendant participants de sa vie. Mais pour cela, il ne faut pas se prendre ni pour Dieu, ni pour des petits dieux.
Que cette eucharistie nous révèle que la présence du Christ en nous est ce Royaume qui nous donne, qui nous rappelle, qui nous éclaire sur notre véritable condition c'est-à-dire sur la vérité de nous-mêmes : fils de Dieu, participants à l'amour de Dieu, serviteurs du Royaume du Christ, mais non des hommes qui voulons gérer non seulement le monde qu'il est bon de dominer, mais aussi notre propre vie, à plus forte raison la vie de l'évangile.
Que cette eucharistie nous purifie de tout péché d'orgueil et dans la Pâque d'humilité du Christ nous rappelle que notre chemin est de le suivre là même où Il est passé avant nous, justement pour que nous ne trompions pas de chemin et allions nous perdre dans des chemins d'orgueil, de domination et de supériorité.
AMEN