AUX BREBIS D'ISRAËL
Jb 21, 7-16 ; Mt 15, 21-28
(6 septembre 1989)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
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e n'ai été envoyé qu'aux brebis perdues de la maison d'Israël". Cette parole de Jésus a choqué très souvent parce qu'on l'estime trop particulariste. Jésus a l'air de dire ici, devant une femme qui vient le supplier pour la maladie de sa fille, que Lui-même ne doit s'occuper que de ce qui se passe en Israël et que donc, lorsqu'Il sort du territoire, Il n'a pas à guérir ou à sauver ceux qui sont dans la détresse.
Pourtant cette parole, qui est très certainement authentique car il est difficile d'imaginer que, dans les premiers milieux de chrétiens païens, on ait inventé une telle parole, elle est sûrement authentique au sens où peut-être déjà elle étonnait mais on l'avait gardée précieusement car elle était une parole du Seigneur, cette parole dit quelque chose d'extrêmement profond sur ce qui concerne la mission de Jésus au cœur même d'Israël.
Effectivement Jésus est venu "pour Israël". Nous le chantons dans le Magnificat, dans le Benedictus où chaque fois nous rappelons que "Dieu est venu visiter son peuple" parce qu'Il est tenu par la promesse faite aux Pères, c'est-à-dire que pour la première communauté chrétienne comme pour nous aujourd'hui, l'Incarnation, le fait que Jésus se soit incarné en Israël, c'est à cause de la promesse qui liait Dieu vis-à-vis d'Israël. D'une certaine manière l'Incarnation, Dieu la devait à Israël puisqu'Il lui avait promis un Sauveur, promis à Abraham et à sa descendance. Mais ce qui est important c'est que la déclaration de Jésus ici ne signifie pas que Jésus ne s'occupera pas des païens. Simplement, c'est la manière même dont Il va s'en occuper.
D'ailleurs, la femme comprend immédiatement puisqu'elle lui dit que ceux qui sont à table laissent parfois tomber des restes ou des miettes (c'est Israël) et que les petits chiens (c'est-à-dire les païens) ont le droit de les manger, c'est-à-dire que c'est la rencontre d'Israël et de Dieu qui est profitable aux païens. Autrement dit, et c'est peut-être cela qui nous choque beaucoup, mais c'est pourtant la vérité, le fait que les païens soient intégrés au salut, le fait qu'ils bénéficient des dons de Dieu et de la grâce de Dieu, c'est effectivement comme les miettes qui tombent de la table. C'est le fait que Dieu, ayant réalisé, ayant tenu ses promesses, ayant réalisé son contrat avec Israël, cela rejaillit sur le peuple tout entier, sur l'humanité tout entière.
Vous comprenez pourquoi dans certains passages de saint Paul, Paul veut absolument que Israël découvre et accepte dans la foi la messianité de Jésus. Paul raisonne toujours de la façon suivante : S'il y a un tout petit Israël qui a accueilli la Parole de Dieu et le Messie, et que cela ait eu déjà de si grandes conséquences au niveau de l'annonce de l'évangile et du salut et du Royaume auprès des païens, si tout Israël se convertissait, à quel point le bienfait de Dieu ne serait-il pas démultiplié ? Et ceci était effectivement la manière constante dont on pensait les choses dans les premières générations de chrétiens.
C'est quelque chose d'extrêmement difficile et délicat. Actuellement la presse, à propos d'un problème à mon avis tout à fait mineur, a réagité toutes ces questions-là. Mais, effectivement, il faut que nous chrétiens, nous soyons conscients de ce que nous devons à Israël. Ce que nous sommes comme "Église des païens", nous le devons entièrement à la rencontre de Dieu, de son Messie, avec Israël, avec son peuple. Toute grâce découle de la rencontre de Dieu qui a tenu ses promesses et:qui est venu "visiter son peuple Israël". De telle sorte que saint Paul peut dire encore, comme la cananéenne le reconnaît implicitement, que Israël n'est pas rejeté. Ce n'est pas possible. Et c'est pour cela d'ailleurs que la Cananéenne invoque le Christ sous son titre véritable de "fils de David".
Qu'en cette eucharistie, à la fois, nous cherchions ce sens véritable d'Israël et sa place dans notre foi, et que nous en fassions une intercession pour que ce vœu de Paul et ce désir de Dieu sur Israël de reconnaître vraiment le Messie qui lui a été envoyé, se réalise vraiment afin que la plénitude du salut et du Royaume soit accordée à toutes les nations.
AMEN