REPOS ET TRAVAIL
Jb 13, 2-3+7-16 ; Mt 12, 9-21
(16 août 1989)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
|
C |
e bref récit de la guérison de l'homme à la main desséchée nous ramène à cette vérité fondamentale de l'évangile, face aux objections de la Loi qui demande de ne faire aucun acte positif le jour du sabbat pour que le sabbat soit vraiment le temps du repos, le Christ rappelle que le mystère même du repos ne peut pas prendre le pas sur celui de la rencontre de l'homme et de Dieu.
Précisément parce que le repos du sabbat, si vénéré, si scrupuleusement observé dans la Loi ancienne est le mystère de la rencontre de l'homme et de Dieu, car c'est cela le sens du repos. Ce n'est pas simplement cette conception moderne du temps du repos comme absence de travail. Vous savez que dans toutes les civilisations anciennes, c'est pour cela qu'elles étaient vraiment des civilisations à la différence de la nôtre, on définissait le travail comme un non-repos, tandis qu'aujourd'hui on a réussi à persuader tout le monde qu'il fallait travailler et c'est pour cela que le repos est devenu un non-travail. C'est un changement de mentalité considérable dont les conséquences sont incalculables et souvent malheureusement un peu néfastes. Il n'y a plus que dans le midi que l'on comprend encore ces choses-là, mais au nord de la Loire, ce n'est même pas la peine de les expliquer.
Précisément, dans la civilisation ancienne, le repos n'est pas une conception négative du travail. Le repos c'est fondamentalement dans toute la tradition biblique, la rencontre, le bonheur de bavarder aux portes de la ville, de se raconter toutes les bonnes histoires des anciens. Et la joie du repos, c'est pour cela qu'elle est si appréciée c'est celle de la rencontre et de l'intimité. C'est le repos de l'époux et de l'épouse, c'est le repos et la joie de la fête. Et l'on comprend que tout Israël, pour préserver ce repos et cette joie de la rencontre, ait pris des mesures extrêmement importantes et que l'on n'ait pas voulu, par exemple, que se fassent des actes de guérison, pensant sans doute que l'on pouvait remettre cela à plus tard.
Mais à travers cette contestation d'un vieux principe qui en soi est sacro-saint, le Christ ramène précisément la question au centre en disant : Faut-il chercher le repos simplement pour observer la Loi ou bien n'y a-t-il pas une manière plus grande de vivre le mystère du repos de l'homme comme le moment où la main desséchée redevient vivante ? La main c'est le signe même de la communion, c'est le signe même de la rencontre, de l'accomplissement de cette joie de se rencontrer. Alors y a-t-il une si grande contradiction entre le sens véritable du repos que voulait donner la Loi et la manière dont Jésus s'y prend pour guérir cette main desséchée qui va devenir désormais vraiment ordonnée au repos de Dieu ? Car lorsque cet homme est guéri et que sa main desséchée revient à la vie c'est effectivement pour que cette main soit le lieu de communion et de rencontre avec son Seigneur, pour que cette main redécouvre le sens véritable du repos qui est précisément de ne pas vivre dans l'aridité ou la sécheresse symbolisée par le désert, mais qui est de vivre dans cette communion de la vie, dans cette joie fraternelle partagée entre Dieu et les hommes.
AMEN