LE CŒUR ET NON LES APPARENCES
Jb 11, 4-11 ; Mt 11, 16, 24
(9 août 1989)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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es pharisiens ont vu Jean-Baptiste et Jean-Baptiste avait prêché la pénitence au désert. Il vivait dans la solitude, se nourrissant de racines, de miel, de sauterelles, mais ils ne l'avaient pas suivi. Et parce que Jésus fréquentait les pécheurs, parce que son cœur était ouvert aux prostituées et aux publicains, parce qu'Il avait même dit que les publicains et les prostituées entreraient avant nous au Royaume des cieux, alors on disait que c'était un viveur, un ivrogne, un glouton, un ami des pécheurs.
Les pharisiens s'en tenaient à cette apparence. Ils n'allaient pas au cœur des choses. Ils n'étaient pas sensibles au cœur de Jésus qui se manifestait pourtant des toutes ses œuvres, ses miracles, mais surtout ce miracle permanent de sa miséricorde, de cette tendresse, de son pardon, de cette lumière qui émanait de Lui et qui allait apporter à tous les pauvres, à tous les pécheurs, à tous les malades, la consolation, signe de la présence de Dieu.
Souvent nous sommes comme des pharisiens. Nous jugeons sur les apparences. Telle personne a une vie de débauche, telle personne est divorcée remariée, telle personne fréquente celui-ci ou celle-là, ces jeunes vivent ensemble avant le mariage. Et nous nous en tenons à ces apparences et nous jugeons de cette manière-là, parce que nous ne sommes pas sensibles au cœur, et c'est cela qui est grave. Non pas qu'il soit bien de vivre de telle manière ou que les fautes et le péché soient recommandables, mais ce n'est pas cela qui compte d'abord. Ce qui compte c'est le cœur. Et le cœur ne se voit peut-être pas avec les yeux du corps, mais le cœur se sent à d'innombrables impondérables, d'innombrables détails. Si nous regardions les autres avec notre cœur, nous serions sensibles à leur cœur et nous verrions la délicatesse, la bonté, la bienveillance, tout ce qui peut émaner d'eux-mêmes alors que dans leur vie il y a telle ou telle chose qui n'est pas parfaite. Est-ce que dans notre vie tout est parfait ? Et quand bien même tout serait parfait dans notre vie, si notre cœur est dur, si notre cœur est sans tendresse et sans miséricorde, si nous ne sommes pas capables d'être émus par les autres, alors nous sommes comme les pharisiens.
S'il en est ainsi, Jésus ne peut pas grand-chose pour nous, car devant un cœur dur, même bardé de vertu, même rempli de toutes sortes de mérites, il n'y a pas de place pour l'évangile. Parce que l'évangile c'est d'abord une parole qui vient du cœur de Dieu et qui s'adresse à notre cœur. Et le reste, c'est la surface, c'est l'écume des jours et de la vie. Jésus peut, à partir de notre cœur, en communion avec son cœur, guérir nos péchés guérir nos faiblesses, guérir tout cela. C'est beaucoup plus facile pour Lui que de rendre tendre un cœur dur, parce que cela Il ne peut pas le faire sans nous, Il ne peut pas nous apprendre à aimer si nous n'acceptons pas d'apprendre à aimer avec Lui. Et si nous sommes refermés sur notre bonne conscience, si nous sommes refermés sur notre jugement plus ou moins méprisant sur les autres, comment voulez-vous que Jésus atteigne notre cœur et lui parle ?
C'est ce qui s'est passé pour les juifs qui risque de se passer pour nous. "Malheur à toi, Corozaïn ! Malheur à Toi, Bethsaïde ! Malheur à toi, Capharnaüm ! Si Sodome avait vu ce que tu as vu, si Sodome avait été visitée par la tendresse de Dieu comme vous êtes visitées par sa miséricorde, Sodome aurait fait pénitence !" C'est pourquoi, au jugement Sodome aura un sort moins rigoureux que ces villes de pharisiens. Alors essayons de recevoir l'évangile au niveau où il s'adresse à nous. L'évangile s'adresse à notre cœur. Il appelle notre cœur. Il veut le rendre capable de comprendre le cœur de Dieu, et tout le reste nous sera donné par surcroît.
AMEN