LE CHRIST EST DEBOUT

Jb 9, 14-23 ; Mt 8, 23-27

(27 juillet 1989)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

C

e miracle peut se lire à plusieurs niveaux. Il y a d'abord la lecture toute naturelle de l'évé­nement tel qu'il s'est passé, la tempête, la bar­que secouée, Jésus qui se lève et qui, de sa seule pa­role, calme la mer. A ce niveau, ce miracle rappelle l'acte créateur de Dieu. De même que, par sa seule parole, Dieu a fait jaillir la lumière, a séparé les cieux, la mer et la terre, a créé les luminaires, de même par sa seule parole, Jésus se rend, Lui aussi, maître de la mer, maître des éléments de ce monde. C'est l'affir­mation du pouvoir tout-puissant de Dieu sur l'univers, l'univers matériel, le cosmos. C'est la dimension cos­mique de la Parole créatrice de Dieu. Et ainsi Jésus s'affirme comme Dieu puisque avec la même puis­sance, sa seule parole peut gouverner le monde, l'uni­vers.

Ceci est déjà très important au point de vue de notre réflexion spirituelle et théologique car cela montre que Dieu s'intéresse non seulement au secret des cœurs, non seulement à la vie de nos âmes, mais Dieu s'intéresse aussi à la réalité physique de ce monde. Dieu n'est pas un dieu désincarné purement spirituel, mais c'est un Dieu qui prend à pleines mains la pâte de ce monde. De même qu'Il a créé cet univers à partir de rien, de même Il le gouverne de façon per­manente. Il y a dans l'acte créateur de Dieu non pas seulement un point de départ, une origine, Voltaire parlait d'un dieu qui aurait construit la machine et ensuite la laisserait, l'abandonnerait avec indifférence à ses propres mécanismes, mais un acte constamment créateur. L'action créatrice de Dieu se répercute et se répète de façon permanente dans cet univers car Dieu n'a pas créé les choses une fois pour toutes mais Il les crée en permanence. Le vrai sens de l'acte créateur de Dieu c'est de se tenir comme au cœur de chaque chose, comme au cœur de l'univers et de chacune des parties de celui-ci, pour susciter sans cesse l'existence, le déploiement, la gestion de cet univers Dieu est un créateur attentif, passionnément intéressé par sa créa­tion et la moindre parcelle de cet univers est proche du regard de Dieu qui sans cesse soutient toute chose et mène chaque chose selon sa grandeur créatrice. C'est le premier aspect de ce miracle, qui est le plus évident et le plus familier.

On peut faire aussi une autre lecture symbo­lique qui n'annule pas la précédente mais qui se su­perpose à elle et qui, à plusieurs indices, a sans doute été voulue aussi par l'évangéliste Pour calmer la mer "Jésus se dresse", Jésus se lève. Dans l'évangile, se lever est très important, c'est le mot de la résurrection. Ressusciter veut dire littéralement "se mettre debout". On est couché dans la mort, dans l'anéantissement du tombeau, on se lève, on se met debout. C'est-la raison pour laquelle l'Église nous invite à prier debout. Nous prions à genoux, nous prions assis, nous prions en prostration, mais la prière "debout" nous fait revivre l'attitude du Christ ressuscité, nous fait participer à sa résurrection. De même que Jésus se lève dans la bar­que pour commander à la mer, de même Jésus s'est levé du tombeau pour commander aux forces de la mort. A un niveau symbolique, la mer, pour le monde sémitique, est un symbole des lieux infernaux. Les juifs n'étaient pas un peuple marin et pour eux la mer était dangereuse, hostile et elle était devenu à leurs yeux l'équivalent de ce que nous appelons les enfers c'est-à-dire le lieu des puissances ténébreuses, des puissances dangereuses, des monstres qui symbolisent eux aussi les démons. Quand Jésus se lève pour commander à la mer et aux vents, c'est une annonce symbolique du moment où Il se lèvera du tombeau pour commander à la mort et à Satan. Ces vagues de la mer qui tentent de submerger la barque c'est le déchaînement des- puissances du Mal qui s'efforce d'engloutir l'humanité dans le péché et dans la mort. Quand Jésus est endormi dans la barque assaillie par la tempête c'est aussi un signe du sommeil de Christ sur la croix, car avant de se lever vainqueur Jésus a commencé par s'endormir dans la mort, par subir Lui-même la mort, par être apparemment vaincu par les puissances de l'enfer. De la même manière, cette barque dans laquelle on voit souvent le symbole de l'Église, de l'humanité en marche vers le port du paradis, est soumise au danger de Satan et subit apparemment l'échec. Mais Jésus est plus fort et peut se dresser vainqueur et l'humanité peut s'écrier avec étonnement : "Quel est Celui-ci à qui la mer et les vents, donc même la mort et Satan, obéissent ?"

Ces différentes lectures nous conduisent à voir la Seigneurie universelle du Christ. Il est le Sei­gneur de l'univers, de l'univers matériel, du cosmos qu'Il a créé, qu'Il ne cesse de gouverner, Il est aussi le Seigneur des puissances spirituelles et en particulier des puissances célestes et diaboliques. Il est vainqueur dans toutes les dimensions de la vie et du monde. Ayons donc confiance dans le Christ Seigneur. Re­mettons entre ses mains notre vie, notre avenir, toute l'histoire du monde et toute l'histoire de l'Église car II est et Lui seul capable de nous sauver le vainqueur qui nous fait participer à sa victoire.

 

 

AMEN