AVÈNEMENT ? ÉVÉNEMENT ?
Ap 11, 15-16,12 ; Mt 24, 1-14
(16 novembre 1988)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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I |
l convient de distinguer les évènements de l'avènement. Il peut n'y avoir là, apparemment qu'un jeu de mots, mais il est certes très important de comprendre la différence entre des signes, un certain nombre d'événements qui surgissent comme à l'improviste dans ce monde, et ce que le monde prépare, comme en cachette, son enfantement qui est, lui, l'avènement.
Je prends pour exemple l'évangile lui-même qui est une série d'événements mais qui prépare un seul avènement. Lorsque nous entendons ce petit récit qui se situe sans doute dans une petite rue de Jérusalem qui longe les remparts du Temple, un matin ou un soir, alors que les disciples avaient marché longuement ou s'étaient reposés, détails que le texte ne nous précise pas mais que nous pouvons imaginer comme un événement historique. A un moment donné, dans notre histoire humaine, Jésus-Christ s'est arrêté devant les belles pierres du Temple et a dit à ses apôtres : "De ce temple, il ne restera pas pierre sur pierre !" Ceci est l'événement que rapporte saint Matthieu et l'évangile est truffé de petits événements qui nous rapportent, comme un fait réel, historique, indéniable les projets, les enseignements ou les faits qui se rapportent à Jésus le Nazaréen.
D'une part donc, l'événement même qui fonde le récit de l'évangile. Mais d'autre part, il est souvent dans l'évangile, fait allusion comme à mi-mot, à un événement qui n'a lieu qu'à la fin, celui de la Résurrection. Lorsque l'évangéliste s'est mis à écrire son texte, il s'est à la fois remis dans les conditions mêmes où il avait vécu cet événement-là, mais en même temps il ne pouvait pas ne pas savoir l'ultime événement de ce passage qui est la Résurrection du Christ. Si vous voulez écrire pour des enfants une histoire dont vous connaissez déjà la fin, soit vous faites semblant de ne pas savoir la fin et vous entretenez un suspense progressif, soit vous laissez malgré vous transparaître ça et là l'ultime signification de votre histoire. Les évangiles ont cette double entrée, qu'ils disent de façon nette l'historicité des faits rapportés et d'autre part que ces événements n'ont qu'un sens, l'événement final de la Résurrection.
C'est pour cela que nous pouvons entendre l'évangile de ce jour comme un fait non seulement ancien, passé, mais comme un fait d'aujourd'hui, puisque c'est toujours la Résurrection du Christ qui est en cause et qui est en cours. C'est ce double aspect de référence à la Résurrection et de référence à un fait historique qui nous permet d'entendre ce texte non pas comme un simple acte du passé mais comme ayant une signification encore aujourd'hui.
Je transpose ce petit schéma à aujourd'hui, mercredi 16 novembre. Comment nos propres événements historiques peuvent-ils faire référence à un seul événement final qui est la Résurrection du Christ et donc la fin du monde ? Nous sommes dans l'évangile et non pas en train de lire l'évangile. Nos propres événements de notre vie, de notre temps n'ont de sens que par rapport à l'événement final qu'est la Résurrection. Et c'est là qu'il faut distinguer les événements de l'avènement. L'événement final de la Résurrection, que ce soit historiquement parlant ou actuellement parlant, est le véritable avènement de ce monde, pour tout événement que nous vivons aujourd'hui. Je m'excuse de ce jeu de mots permanent, mais c'est la seule façon d'expliquer comment notre propre vie est ensemencée, touchée par l'actualité de l'évangile, parce qu'en référence à un avènement toujours en cours, qui est la Résurrection et la fin du monde. L'évangile est entendu, chaque jour, proclamé chaque jour dans le monde, non seulement comme un fait passé, mais comme un fait d'aujourd'hui, pour nous dire que nos propres événements, les tribulations, les haines, les querelles intestines, les anti-Christ dont parle ce passage sont choses d'aujourd'hui, décrivent l'aujourd'hui. Mais qui les décrit comme étant toujours soumis à un autre avènement, et celui-là ultime et définitif qui est la Parousie, qui est le retour du Christ, dans la résurrection finale de tous les hommes. Ainsi ni désespoir, ni angoisse ne peuvent nous atteindre car nous ressemblons, trait pour trait, à l'évangile. Et nous sommes dedans puisque nous sommes, comme les apôtres, en train de contempler les belles pierres ornées de ce monde, nous disant en même temps, comme elles sont bien fragiles et ne sont qu'événements qui s'effondrent les uns sur les autres. Le Christ nous redit aujourd'hui : ces événements vous conduisent, et c'est là le chemin vers un seul avènement, ma personne, et l'avènement de ma personne dans ce monde c'est le royaume et ce sera la fin du monde.
AMEN