VOUS N'ÊTES PAS REVENUS A MOI !

Am 4, 4-5+7-11 ; Mt 23, 23-32

(7 septembre 1988)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

N

ous nous attachons parfois à la lettre de la Loi, aux préceptes sans comprendre le sens, la profondeur, la substance de la pensée de Dieu, ce qui explique les invectives de Jésus contre les pharisiens.

En contre point, dans le texte d'Amos, Dieu s'adresse avec véhémence à son peuple, lui disant : "Courez donc à Béthel, allez à Gilgal", c'est-à-dire allez dans tous les sanctuaires du pays "et puis pé­chez, péchez de plus belle. Apportez le matin vos sa­crifices, et le soir, reprenez vos péchés !" Bien sûr, Dieu n'invite pas Israël à pécher. C'est une expression de dépit de sa part. Il constate qu'ils mêlent l'appa­rence de la piété avec la recherche égoïste de leurs désirs et de leur intérêt, au détriment des autres et même au détriment de Dieu.

Et au nom du Seigneur le prophète continue : "C'est pourquoi je vous ai refusé la pluie trois mois avant la moisson. J'ai fait pleuvoir sur une ville et non sur une autre et vous n'avez pas pu vous désalté­rer mais vous n'êtes pas revenus à moi." Cette phrase "Vous n'êtes pas revenus à moi" revient comme un leitmotiv au milieu de toutes ces affirmations par Dieu des punitions qu'Il a données à son peuple. Je voudrais faire deux remarques au sujet de ce texte.

La première c'est que le prophète s'exprime à la manière ancienne en attribuant à Dieu la cause de tout ce qui se passe : la pluie tombe sur une ville et pas sur une autre, sur un champ et pas sur un autre. S'il manque d'eau pour se désaltérer, c'est parce que Dieu l'a voulu. C'est une façon un peu primitive de voir les choses comme si Dieu était immédiatement cause et responsable de tout ce qui se passe dans l'univers. C'est une façon de voir que nous avons par­fois, nous aussi, façon un peu trop simple et trop fa­cile d'attribuer à Dieu la paternité immédiate de tout ce qui se passe. En réalité, ce n'est pas Dieu qui fait tomber la pluie ici ou là, ce sont les conditions météo­rologiques. Mais Dieu veut donner un sens à tous les événements qui se passent. Si tel champ, telle ville n'ont pas reçu la pluie, même si cela ne vient pas di­rectement d'un décret personnel de Dieu mais de la position des cyclones ou des anticyclones, Dieu invite les hommes à réfléchir, à revenir à Lui et à donner un sens à ces événements.

La providence de Dieu ne consiste pas à frap­per les uns et à épargner les autres, mais à aider cha­cun à trouver l'occasion de revenir sur soi, de rentrer dans son cœur, de revenir à Dieu et de se convertir à cet amour de Dieu qui peut donner un sens à tous les événements quels qu'ils soient, positifs ou négatifs. Quand quelque chose nous arrive, ne disons pas : "Qu'est-ce que j'ai fait au Bon Dieu pour qu'il m'arrive ceci ou cela ?" C'est une façon un peu trop simple de s'en prendre à Lui pour toutes sortes de choses qui, souvent, dépendent de notre liberté ou de la liberté des autres ou des circonstances. Mais puisque cet événement s'est produit dans ma vie, je vais me tour­ner vers le Seigneur pour lui demander d'éclairer mon cœur et de m'aider à trouver dans cet événement une signification, une orientation de mon cœur vers plus d'amour, vers plus de don de moi-même. Et ainsi tout événement de notre vie, heureux ou malheureux, voire même extrêmement grave ou tragique, peut devenir pour moi une occasion d'aimer davantage, de m'approfondir dans la connaissance de l'amour que Dieu a pour moi.

C'est très exactement ce que signifie ce refrain : "Vous n'êtes pas revenus à Moi !" Il vous est arrivé ceci, il vous est arrivé cela, et cela ne vous a pas aidé à réfléchir, cela ne vous a pas ramené vers Moi.

La deuxième remarque c'est que Dieu est comme aux aguets, comme à l'affût des orientations de notre cœur et Il attend à tout instant que nous comprenions, que nous saisissions le sens de notre vie et que nous nous tournions vers Lui, que nous revenions à Lui parce que c'est là qu'est la vérité, c'est là qu'est le bonheur, c'est là qu'est l'amour qui peut donner un sens à notre existence.

Alors inlassablement Dieu attend jour après jour, événement après événement, bonheur après bon­heur, malheur après malheur. Il attend que nous com­prenions, que nous rentrions en nous-mêmes, que nous nous tournions vers Lui, que nous revenions à Lui. Que cette page du prophète Amos nous invite, dès maintenant, avec ce dont aujourd'hui est fait, à nous tourner vers Dieu, à revenir vers Lui pour qu'Il donne un sens à notre vie, pour qu'Il nous aide à lire dans notre existence et à comprendre que Lui seul et l'amour qu'Il a pour nous peuvent nous donner la si­gnification de ce que nous sommes et de ce que nous visons.

 

AMEN