L'AMOUR OU LA LOI ?
Am 4, 1-3 ; Mt 23, 13-22
(6 septembre 1988)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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e débat de Jésus avec les pharisiens remplit tout l'évangile parce qu'il nous montre "en creux" le sens profond du message que Jésus est venu apporter. Les pharisiens, Jésus les traite d'hypocrites non pas parce qu'ils ne faisaient pas ce qu'ils disaient mais parce qu'ils prenaient l'ombre pour la réalité, parce qu'ils s'en tenaient aux apparences au lieu d'aller au fond des choses. Ce que Jésus reproche aux pharisiens c'est de s'attacher à la loi, aux préceptes de la loi, aux actions précises à accomplir sans comprendre le sens de ces actions. Pour eux, il faut s'en tenir à chacune des prescriptions mais la raison pour laquelle Dieu nous a donné cette loi, la raison pour laquelle Dieu nous appelle, ils n'y prennent pas garde. Elle leur échappe, ils préfèrent l'apparence au contenu, ils s'en tiennent aux prescriptions et ne comprennent pas l'amour de Dieu, cet amour que Dieu met dans notre cœur et qu'Il nous demande, en réponse à son amour. Il n'y a de loi que pour baliser, toujours de façon approximative et grossière, le chemin de l'amour. Aucune action, aucun précepte, aucun accomplissement quel qu'il soit n'a aucune valeur s'il n'est pas fait par amour puisque c'est la seule raison d'être de tous les commandements de Dieu, ce que Jésus révélera de façon éclatante et positive quand il dira : "Je vous donne un commandement !", un seul dont saint Paul nous dit qu'il résume toute la Loi et les prophètes car : "c'est de vous aimer comme Je vous aime !"
Et tant que notre agir n'est pas animé par cet amour, tant que nous ne sommes pas transportés intérieurement par l'amour de Dieu, tout ce que nous pouvons faire est sans valeur, sans aucune valeur. Comme le dit saint Paul : "Je pourrais transporter les montagnes, je pourrais me faire brûler vif, je pourrais donc devenir martyr pour le Nom de Dieu, je pourrais donner tous mes biens aux pauvres, si ce n'est pas par amour, cela n'a aucune valeur, je suis comme un gong qui résonne, une cymbale qui fait beaucoup de bruit mais qui n'agite que du vide." Si les prescriptions des pharisiens ne sont pas accomplies par amour, si même elles en arrivent à aller contre l'amour ou qu'elles ne savent pas reconnaître l'amour là où il est, cela ferme la porte du paradis, car il n'y a qu'une seule clé pour entrer au paradis : c'est de se savoir aimé de Dieu et de laisser cet amour prendre dans notre cœur pour devenir l'amour des autres, l'amour de tous ceux qui nous sont proches, mais aussi de tous ceux qui nous sont moins proches mais qu pourraient le devenir et que l'évangile appelle des ennemis, des ennemis qui peuvent devenir des amis car l'amour est rayonnant et il a pour nature de se répandre, de se donner et de se communiquer.
Ce débat de Jésus avec les pharisiens est un débat actuel. Combien de fois ne sommes-nous pas tentés par le légalisme ? On nous l'a appris trop souvent dans un catéchisme ou des prédications qui n'étaient peut-être pas tout à fait suffisamment évangéliques, on nous l'a appris et nous avons accepté cela. Souvent nous trouvons plus commode d'observer une loi, c'est plus simple, c'est plus clair, et nous ne nous soucions pas assez de l'amour qui seul peut sous-tendre et emporter, et dominer et transporter toute loi possible et imaginable. Alors ne soyons pas, même par bonne volonté, même par scrupule, même par crainte de nous détourner de Dieu, ne soyons pas des pharisiens. Ne nous jugeons pas et ne jugeons pas les autres selon la mesure de la Loi. Laissons naître dans notre cœur l'amour de Dieu, laissons nous envahir par cet amour qui nous entraînera bien plus loin, au-delà et ailleurs que la simple observance des préceptes de la Loi.
AMEN