VIVRE LE TEMPS

Jon 3, 1-10 ; Mt 20, 1-16

(30 août 1988)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

C

ette parabole devrait nous ramener à cette question qui est extrêmement importante dans notre vie : comment vivons-nous le temps qui nous est donné ?

Ce qui est le péché, de la part des premiers vignerons embauchés, c'est de n'avoir pas compris que le temps, n'importe quel temps, qu'il soit celui du début, du milieu ou de la fin du jour, est toujours le temps pour rencontrer Dieu. Le seul sens des temps qui nous sont donnés tout au long de notre vie, c'est d'abord de faire que ce temps soit comme le récepta­cle de cette rencontre de Dieu. Dieu n'a qu'une envie. Il veut se promener sur la place publique du monde, et au fur et à mesure qu'Il rencontre des hommes, Il veut simplement leur dire : "Viens à ma Vigne ! Entre dans mon royaume !" Et si on est appelé au début du jour, tant mieux, même si cela coûte parfois. Et si on est appelé tout à la fin, tant mieux encore, car il n'est jamais trop tard. Mais, dans un cas comme dans l'au­tre, chaque rencontre est singulière, chaque rencontre est unique, chaque temps trouve sa plénitude à partir de cette irruption de Dieu et son royaume dans la vie d'un homme. Dès lors, toute comparaison n'a aucun sens.

Et ce que le maître ne supporte pas, c'est pré­cisément ce regard. Si les ouvriers de la première heure regardent de travers ceux de la dernière heure qui reçoivent leur denier, c'est parce qu'ils n'ont pas compris, au moment où ils étaient embauchés, que l'intérêt de l'affaire n'était pas le denier mais le fait de rencontrer le maître. Et que par conséquent, le maître se sent ravalé à une valeur d'un denier quand il voit le regard jaloux des ouvriers de la première heure être envieux du sort des ouvriers de la dernière heure. Et cela combien de fois n'en avons-nous pas nous-mê­mes éprouvé la tentation ?

Tout est là, pour nous, de savoir que chaque instant de notre vie est le temps de la rencontre du maître de la vigne. Et dès lors, la seule chose qui nous est demandée, ce n'est pas de savoir quelle est la ré­compense de l'autre, ce n'est même pas de savoir quelle récompense, en réalité nous mériterions. Nous ne méritons pas de récompense à partir du moment où le Seigneur nous a fait la grâce d'entrer dans sa vigne pour y travailler. Déjà, le fait même de nous y être donné à fond était la joie même de rencontrer Dieu.

En ce jour où, une fois encore comme des ou­vriers de la "énième" heure, car après tout peu im­porte l'heure à laquelle nous sommes embauchés, comme ces ouvriers, nous allons venir, ici à cette table et recevoir le pain de ce jour et le sang qui nous a sauvés. Ne regardons pas ce don de Dieu avec un œil jaloux ou possessif. Il nous est donné, à nous, pour entrer dans le royaume des cieux, parce que dans sa bonté Dieu n'a pas d'autre chose à nous donner que ce denier-là, la chair de son Fils.

 

AMEN