TU ES PIERRE !

2 Tm 4, 1-5 ; Mt 16, 13-20

(2 août 1988)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

C

ette page d'évangile nous est très connue. Nous la lisons chaque année pour la fête de saint Pierre et Paul puisque c'est sur elle que se fonde la foi catholique en la primauté de Pierre et du successeur de Pierre, de l'évêque de Rome que nous appelons familièrement le pape, je dis familiè­rement puisque pape veut dire papa. Je voudrais pren­dre ce passage non plus sous l'angle de la primauté de Pierre mais sous l'angle de ce que ce texte veut dire pour chacun d'entre nous, car c'est une remarque gé­nérale qu'il faut faire, dans la révélation de Dieu et dans la foi chrétienne, il n'y a pas de privilège, pas plus de privilège du pape que de la vierge Marie. Il y a des missions, des missions qui sont confiées avec une certaine intensité, avec une instance plus particu­lière et plus profonde, à certains des membres du Peuple de Dieu, à la vierge Marie de façon tout à fait éminente, aux différents saints, à ceux qui ont reçu dans l'Église une charge plus particulière, spéciale­ment aux évêques et au pape. Mais ces missions, nous ne devons jamais les concevoir comme des privilèges, c'est-à-dire des dons tout à fait particuliers que Dieu ferait à tel ou tel à l'exclusion de tout autre. Ces mis­sions sont toujours données de façon exceptionnelle et personnelle, mais de façon typique, exemplaire, qui, de manière dérivée, s'adresse aussi aux autres. Je veux dire par là que, par exemple, quand la vierge Marie reçoit la grâce de l'Assomption, nous ne devons pas le concevoir comme un privilège unique en son genre qui la mettrait au-dessus de tout le monde, à part de tout le monde, mais au contraire comme quelque chose qui nous éveille tous à la résurrection de nos corps. Car ce que Marie a vécu de façon exception­nelle par son assomption, nous sommes tous, à notre place, subordonnée, moindre mas bien réelle, appelés à le vivre aussi dans la résurrection de notre chair. C'est pourquoi, quand on célèbre l'Assomption de la vierge Marie, on prêche souvent sur la résurrection de la chair qui est, en quelque sorte, l'application à notre cas personnel, de ce que Marie a reçu et qui est comme un phare, une lumière qui nous indique quelle est notre destinée.

Il en est de même quand il s'agit du pape. Certes ce texte annonce l'infaillibilité pontificale, la primauté de Pierre, le pouvoir de "lier et de délier" qui appartiennent à Pierre exceptionnellement. Or précisément ce pouvoir, au chapitre dix-huitième de saint Matthieu, est adressé à tous les apôtre, pour montrer qu'il n'est pas réservé à quelqu'un mais à une fonction. Si Pierre, parce qu'il a su confesser le Christ Fils du Dieu vivant, parce qu'il a su, par sa foi, aller jusqu'au cœur du mystère de Jésus, être perméable à cette révélation de Dieu, si Pierre a pu entendre Jésus lui dire : "Sur ce rocher que tu es je bâtirai mon Eglise", nous devons savoir que nous aussi nous sommes appelés à confesser le Christ. Nous ne som­mes pas dispensés d'affirmer la divinité du Christ, d'aller jusqu'au fond de son mystère, de nous rendre perméables à cette lumière de Dieu. Il nous est posé la même question et Jésus attend de nous cette même réponse. Dans la mesure où, comme Pierre, nous sa­vons donner une réponse de foi, nous savons nous laisser remplir par la révélation de Dieu, nous partici­pons à cette fonction qui est celle de Pierre pour que l'Église se construise sur notre foi. Jésus attend de nous cette foi pour pouvoir, sur notre foi, construire l'Église, le rassemblement des hommes dans la foi. Et nous sommes tous, à notre place si humble soit-elle, responsables de cette possibilité des autres hommes de construire leur appartenance au Christ sur la foi, sur cette foi que chacun d'entre nous doit avoir dans son cœur et doit savoir dire à ses frères.

Bien sûr cette responsabilité appartient de fa­çon éminente aux évêques et aux prêtres et plus en­core au pape qui est le premier des évêques, mais elle incombe aussi à tous les chrétiens. Car sous prétexte qu'il y a des prêtres, des évêques et un pape, nous ne sommes pas démobilisés, nous sommes tous appelés à cette confession de foi, tous pour notre part, si petite soit-elle, mais rien n'est petit dans le royaume de Dieu, nous sommes aussi une pierre sur laquelle Dieu veut édifier son Église et le salut de nos frères.

 

AMEN