LA PRIÈRE

Qo 9, 4 b-9 ; Mt 6, 1-15

(14 juin 1988)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

A

dmirable texte que cet évangile qui décrit tout à la fois le comportement extérieur et le comportement intérieur. Admirable équilibre de sagesse qui demande à l'homme d'agir et d'ignorer dans son cœur ou de montrer ce qu'il fait et en même temps de se retirer au fond de lui-même, dans ce jardin intérieur où Dieu se rend, invisiblement, mystérieusement, mais délicatement présent.

La vie chrétienne consiste d'ailleurs en ce dif­ficile équilibre d'action, de présence aux autres, de présence à soi-même et de présence intérieure à Dieu. Et souvent lorsque l'on parle de prière ou de diffi­cultés de la prière, on parle comme si finalement, il y avait des moments plus propices à la prière. C'est vrai qu'il y a des moments choisis pour être des moments forts de cette prière, que ce soit celle de l'Église par la liturgie que ce soit celle que nous choisissons nous-mêmes dans une oraison personnelle avec Dieu. Mais il est certain que la façon dont le Christ décrit cette prière, ce n'est pas uniquement de choisir des mo­ments pour parler, pour voir, pour attendre Dieu, mais c'est toute la vie qui est ainsi décrite.

Finalement que dit le Christ sinon de préparer notre cœur de façon incessante à l'action de sa pré­sence ? Est-ce que notre difficulté de prier ne vien­drait pas du fait que nous l'avons choisie comme une autre activité par rapport à d'autres activités et qu'elle s'ajoute à ce que nous avions à faire, alors qu'elle de­vrait être comme un fil conducteur, un fil continu, plus ou moins dense selon les moments, mais continu quand même tout au long de la journée ?

Quand le Christ dit cette magnifique phrase : "Le Père qui voit dans le secret te le rendra !" ne décrit-il pas cette relation permanente, qui n'appar­tient pas au temps, cette relation continue du Père qui agit en nous, et à laquelle nous avons à nous éveiller afin d'y être sensibles. Et je crois que, dans ce cas-là, les moments de prière ne seront pas d'autres activités qui se surajoutent aux précédentes ou des moments que nous voudrions plus forts par rapports aux acti­vités profanes, mais seraient comme le dévoilement le plus réel de ce que Dieu fait tout le temps en nous. Et retrouver une véritable joie, une véritable facilité dans la prière, c'est finalement assurer, tout au long du jour, la continuité de cette présence de Dieu, de ne jamais le quitter, de savoir qu'Il est là dans le secret et que, quelles que soient nos activités, ce secret est inviolé. Ce murmure de Dieu peut tenir devant tous les bruits et les rumeurs de la ville ou de la vie. Rien ne peut l'étouffer si nous le maintenons en nous comme le chant vital, essentiel de notre vie. Par là, nous retrouverons le véritable fil de la prière c'est-à-dire ce cri si simple, si gémissant de l'Esprit qui agit en nous et qui dit : "Abba ! Notre Père !"

 

AMEN