ILS DISENT ET NE FONT PAS

Tb 13, 15-17 ; Mt 23, 1-12

(2 septembre 1987)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

I

l est bien difficile de lire cette parole et de l'en­tendre sans penser à toute la mauvaise conscience incalculable que cette parole du Christ pour condamner les pharisiens a pu engendrer dans notre conscience moderne. Nombre de gens, et peut-être sommes-nous du nombre, sont brisés intérieurement ou en tout cas inquiets, à certains moments même désespérés, à cause de cette distorsion qui existe entre la parole et la réalité de nos actes, entre ce que nous disons et ce que nous faisons.

En réalité, il ne semble pas que la parole du Christ vise exactement cette distorsion. Le Christ ne nous demande surtout pas d'aligner notre discours sur nos actes, mais d'une certaine manière, Il nous montre que, de toute façon, nous n'arriverons jamais à aligner nos actes sur nos discours. En effet, "les pharisiens et les scribes sont assis sur la chaire de Moïse", c'est-à-dire qu'ils sont les témoins d'une parole qui n'est pas la leur. C'est précisément la parole de Moïse, c'est le commandement, c'est la Loi. Et la Loi c'est la Parole dans toute sa splendeur, car c'est une Parole qui ap­pelle, qui appelle à grandir. C'est une Parole de misé­ricorde qui sait que, de toute façon, les actes que nous posons ne sont jamais exactement à la hauteur de la destinée à laquelle nous sommes appelés.

Simplement l'erreur des pharisiens, dans le passage de saint Matthieu, c'est de se rendre maîtres de la Parole et de se l'approprier, car ils ne sont pas docteurs au sens où ils remplaceraient Moïse, à plus forte raison ils ne sont pas docteurs au sens où ils se substitueraient à Dieu qui enseigne le cœur de l'homme. Mais être docteur, c'est être simplement serviteur de la Parole de Dieu, lui donner, dans notre propre vie, dans la vie de nos frères, le rayonnement suffisant pour qu'elle puisse être entendue et accueil­lie. D'une certaine manière, il faut tout faire pour la réaliser, pour que cette Parole de Dieu passe en actes, en nous, mais là encore, c'est une grave erreur si nous considérions que le passage à l'acte relève uniquement de notre volonté. Car lorsque la Parole se fait acte, c'est qu'elle a vraiment déployé sa réalité de grâce, et tout comme, étant Parole, elle avait été proclamée gratuitement pour être accueillie gratuitement dans le cœur, de la même façon, quand elle devient acte, il faut savoir que c'est l'ultime fruit de cette gratuité par laquelle la Parole devient l'action efficace de Dieu en nous.

Il faut, à tout moment, nous répéter cette pa­role du Seigneur, non pas pour nous désespérer et nous dire que nous n'arriverons jamais à rien, car cela serait encore entretenir l'illusion que nous pouvons, d'une manière ou d'une autre, être les maîtres et les gestionnaires de cette Parole, mais il faut simplement nous la répéter pour savoir qu'en réalité, comme le disait Thérèse de Lisieux, vers la fin de sa vie : "Tout est grâce !" c'est-à-dire et la Parole qui est donnée dans la chaire de Moïse, et les actes qu'il nous est donné de faire, pour que, progressivement, nous devenions à notre tour, Parole de Dieu pour nous-même, pour les autres et surtout pour la gloire de Dieu.

 

AMEN