LE JEUNE HOMME RICHE
Tb 12, 6-21 ; Mt 19, 16-30
(19 août 1987)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
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et épisode suppose un renversement radical des valeurs religieuses dans le monde où Jésus enseignait. En effet, pour le monde juif, et les réactions des apôtres en sont un excellent témoignage, la richesse était considérée comme un signe de bénédiction, comme un appui, un témoignage que Dieu était avec vous, et surtout comme moyen de réaliser vraiment la Loi. A cette époque-là, les riches du peuple juif ne capitalisaient pas pour le plaisir d'accumuler de l'argent, mais ayant reçu cet argent comme les patriarches des troupeaux dont on se plaît à énumérer le nombre de brebis, de bœufs et de moutons, ils savaient que cet argent devait aussi servir à la gloire de Dieu, à faire les aumônes, et ainsi, à travers l'utilisation juste de cet argent, à amasser un trésor vis-à-vis de Dieu, à observe la Loi alors que les pauvres n'en avaient pas les moyens. Ainsi donc, la richesse était loi d'être un signe de suspicion dans la perspective religieuse.
Or Jésus dit au jeune homme riche : "Si tu veux être parfait, vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres, puis viens et suis-Moi !" On nous dit que le jeune homme était contristé parce qu'il avait de grands biens. Cela peut vouloir dire évidemment qu'il avait du mal à renoncer à tout, mais cela peut vouloir dire aussi qu'il était totalement décontenancé par ce que lui demandait le maître. En effet, alors qu'on avait sous la main la possibilité d'accomplir toutes les exigences de la Loi, pourquoi s'en démunir ? Et c'est là que cette réaction de Jésus nous amène au cœur du problème du renversement des valeurs religieuses. Désormais, si c'est Dieu qui Lui-même se présente comme la seule et unique richesse, l'homme n'a pas besoin de se prémunir, de vouloir gagner de prétendues sécurités pour se mettre en recherche du salut et accomplir les exigences de la Loi. A partir de ce moment-là, si on veut vraiment entre dans ce mouvement de la recherche de Dieu, nous n'aurons plus besoin de la richesse (entendez par là tous les moyens que nous essayons de prendre comme des garanties, comme des assurances pour nous avancer vers Dieu), mais ce sera précisément en nous reconnaissant uniquement sauvés par le Christ, par Dieu qui vient, et qui se fait ainsi notre seule richesse.
Ainsi donc cette exigence de la pauvreté radicale n'est même pas une question de gradation, de plus ou de moins, "d'économie de bouts de chandelle". Cette question de la radicale pauvreté que demande le Christ est d'abord une décision profonde de la liberté et du cœur de l'homme. Comment l'homme voudra-t-il accepter que se réalise son salut ? Est-ce que nous-mêmes, à certains moments, nous n'essayons pas de prendre un minimum de garanties et d'assurances pour jouer la carte de notre salut ? Alors qu'en réalité, ce que le Christ disait à ce jeune homme et qu'Il nous dit à nous aussi, quel que soit notre état de richesse, ce qu'il nous dit c'est que la seule richesse qui peut nous sauver, c'est Lui-même. C'est pour cela que l'on peut parler de radicalisme. Comme saint Paul le traduira à sa manière qui est juste, il s'agit "d'user de ce monde comme n'en usant pas" c'est-à-dire d'arriver à cette rectitude de notre désir, de notre regard et de notre cœur qui ne recherche que Dieu, qui ne compte que sur Lui et qui ne s'en remet qu'à Lui. C'est évidemment un programme horriblement difficile, si l'on essayait de le réaliser avec de quelconques moyens humains. C'est précisément pour cela que Jésus dit : "pour les hommes, c'est impossible!" Mais "à Dieu tout est possible", c'est-à-dire que le chrétien est celui qui a reçu la grâce de réaliser clopin-clopant, cahin-caha, cette œuvre de la grâce en lui, cette activité de Dieu qui vient en lui et qui progressivement le dépouille de tous ces moyens qu'il voulait se donner pour se sauver lui-même et qui l'amène, jusque dans l'épreuve de la mort à reconnaître que la seule réalité, la seule richesse sur laquelle nous puissions toujours compter, c'est Dieu et Dieu seul.
AMEN