LE VÉRITABLE SENS DE L'EVANGILE
Tb 11, 16-18 ; Mt 19, 1-12
(18 août 1987)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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ans cette page d'évangile, Jésus, à deux reprises, est confronté à des objections, des pièges qui relèvent d'une non-compréhension du Royaume et de l'évangile ce qui lui donne l'occasion de manifester le véritable sens de l'évangile.
Tout d'abord les pharisiens cherchent à tendre un piège à Jésus à propos du divorce et des autorisations données par Moïse à ce sujet dans la Loi. Et Jésus, balayant cette objection, affirme avec force que le mariage vient de Dieu : "L'homme ne doit pas séparer ce que Dieu a uni." Et si le mariage vient de Dieu, il a pour but de réaliser l'union dans l'amour pour que les deux ne fassent plus qu'une seule chair. Ayant ainsi consacré la valeur divine, la valeur évangélique du mariage qui est une volonté de Dieu et un moyen de salut, une consécration de la vie et une bénédiction de l'amour humain, Jésus se heurte à une nouvelle objection venant de ses disciples. Comme souvent, les disciples restent "à ras de terre", et devant la condamnation du divorce, ils estiment que ce n'est donc pas la peine de se marier. Ils pensent à la condition de l'homme en face de la femme mais pas à la condition de la femme en face de l'homme. Là aussi, Jésus ne s'attarde pas à réfuter l'objection, mais Il élève le débat au-dessus de ce calcul un peu sordide et mesquin en parlant du "célibat pour le Royaume des cieux."
Ceux qui acceptent d'être comme des eunuques, c'est-à-dire de s'abstenir, de se priver de toute vie sexuelle et de tout amour conjugal, en vue du Royaume des cieux, y sont appelés. C'est un conseil qui n'est pas adressé à tout le monde : "Que celui qui peut comprendre comprenne !" Ce n'est donc pas une loi, une obligation pour tout le monde. Il y a donc, d'une part la voie du mariage, la voie de l'amour consacré par Dieu, béni par Lui, de cet amour qui est une image même de Dieu, et les textes de la Genèse auxquels Jésus se réfère nous présentent effectivement l'homme et la femme dans leur union comme une image de Dieu, une image de la communion divine entre le Père, le Fils et l'Esprit. C'est donc une chose très grande que le mariage. Et puis il y a aussi, mystérieusement, ceux qui sont appelés à renoncer à cette grande chose, très grande chose qu'est le mariage chrétien, à y renoncer pour Dieu, pour une autre voie qui, elle aussi, est une voie du Royaume. Une voie qui n'est pas de manifester ici-bas une image de l'amour que Dieu communiquera à l'univers tout entier mais de se réserver, dans l'absence de vie conjugale, pour des noces éternelles, non plus en en donnant une image imparfaite mais réelle ici-bas, mais en donnant une "image en creux" car c'est cela la chasteté pour le Royaume. C'est, devant l'immensité de ce que sera l'amour divin communiqué à nous dans la Béatitude, de rester dans une attente silencieuse, solitaire une attente par dépouillement, une attente dans le renoncement et dans le vide, pour manifester la splendeur, l'absolu de cet amour de Dieu qui sera communiqué dans le monde nouveau.
Il n'est donc pas question, comme on l'a fait trop souvent, de comparer ces deux voies pour savoir s'il est plus normal de se marier comme le pensent certains de nos contemporain ou s'il est plus noble de vivre dans la chasteté comme on l'a pensé parfois dans l'histoire de l'Église, il ne s'agit pas d'un concours, il ne s'agit pas de donner des degrés et des notes plus ou moins élevées, il s'agit de deux voies différentes et complémentaires qui n'ont de sens que l'une par l'autre, car l'une et l'autre visent au même but : nous conduire jusqu'à la plénitude de l'amour de Dieu. On peut aller à la plénitude de l'amour de Dieu par l'expérience de l'amour humain qui en est à la fois la participation, l'image et la préparation, on peut aller aussi à la plénitude de l'amour de Dieu par cette sorte de réserve, d'abstention qui nous tend dans un désir infini vers la réalisation plénière de cet amour. Chacun est appelé selon la gratuité du don de Dieu à une voie ou à l'autre. Mais qu'il s'agisse du mariage ou du célibat, cela ne peut se vivre qu'en référence, en orientation vers cette plénitude de l'amour. Car l'amour seul donne son sens aussi bien au mariage chrétien qu'au célibat consacré.
Alors, d'un même élan, soutenons-nous les uns les autres, quelle que soit notre vocation, respectant, admirant et nous émerveillant devant la vocation de nos frères. Soutenons nous pour marcher ensemble et parvenir à découvrir la plénitude de cet amour de Dieu qui nous est promis et en être pleinement investi.
AMEN