LA MISÉRICORDE

Tb 6, 14-18 ; Mt 12, 1-8

(21 juillet 1987)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

C

'est la miséricorde que je veux et non le sa­crifice !" La miséricorde de Dieu c'est pour nous le moyen de vérifier que nous avons choisi la bonne vocation. En effet, notre vie se définit essentiellement à l'endroit même où nous pouvons comprendre, vivre et réaliser la miséricorde, c'est-à-dire que notre vocation est de reconnaître, à l'endroit où nous sommes placés, que nous sommes simple­ment pécheurs, que nous avons besoin du pardon et du salut de Dieu, et qu'ainsi nous nous ouvrons à la miséricorde de Dieu. Et il est possible pour nous, dans cette vie, de vérifier que nous sommes à la bonne place si, justement, nous reconnaissons sans encom­bre, sans obstacle, cette miséricorde. "C'est la miséri­corde que je veux et non le sacrifice !" Et ce n'est pas à chaque homme de définir sa position quant à Dieu, mais à Dieu de nous la proposer comme un chemin et à nous de pouvoir la vérifier si, de cette place où nous avons été posés, nous reconnaissons sans peine cette miséricorde.

Une maxime des Pères du désert disait en parlant des moines, mais il concerne aussi tous les chrétiens : "Celui qui confesse son péché est plus grand que celui qui ressuscite un mort !" Car la gran­deur de l'homme, dans sa vocation propre, dans ce face à face qu'il a avec Dieu, est justement de se re­connaître pécheur. Et notre péché à nous est souvent de ne pas voir notre péché, de ne pas voir ce qui fait obstacle pour reconnaître la lumière et le pardon de Dieu qui, seul, peut nous transformer, s'introduire en nous et nous conduire au salut.

Ainsi, nous avons sans arrêt à rectifier en quelque sorte notre position, notre vie, pour avoir sans arrêt dans notre point de mire cette miséricorde. Et là nous pouvons être sûrs que c'est le bon chemin, que c'est la bonne vocation, que nous avons bien choisi. Dans les événements de notre vie qui jalonnent nos jours, qui nous obligent à décider, jour après jour, quel chemin choisir, ayons simplement le soin de choisir l'endroit où nous verrons le mieux la miséri­corde de Dieu, car alors de cette position nous som­mes sûrs que nous pourrons commencer à être sauvés, et donc là, nous pourrons commencer à nous conver­tir. Et de cette position, le monde lui-même s'effacera, les valeurs mêmes de Dieu prendront la place car, elles absorberont en quelque sorte le monde entier et alors nous n'aurons comme vis-à-vis, comme essen­tiel, cette miséricorde que nous savons être notre nourriture, dont nous ne pouvons pas nous passer.

Dans cette eucharistie que nous allons pren­dre, demandons au Christ de nous mettre face à Lui, face à ce pardon qui est notre salut.

AMEN