DANS LE SECRET DU PÈRE

Tb 1, 10-20 ; Mt 6, 1-15

(6 juillet 1987)

Homélie du Frère Michel MORIN

 

P

ar cette parole bien connue Jésus nous invite de nouveau à entrer "dans le secret du Père", à connaître sa volonté c'est-à-dire sa justice. Jésus nous invite à vivre tout ce que nous sommes, et spécialement tout ce que nous manifestons à l'exté­rieur, de façon intérieure au mystère de Dieu, et non pas de façon visible, pour rechercher d'être gratifié, remercié.

Ce "secret du Père" il faut bien le saisir. Pour Dieu, le secret n'est pas une isolation par rapport aux autres et aux choses de ce monde ou aux événements qui nous entourent. Dans l'évangile se retirer dans le secret du Père ce n'est pas s'isoler ni se couper des réalités de ce monde, c'est, au contraire, prendre le chemin pour vivre avec elles dans une communion véritable, pour ce qu'elles sont. "Prier dans le secret", vivre et agir dans le secret du Père, c'est entrer en communion avec le Père et donc entrer en commu­nion véritable les uns avec les autres, et avec les cho­ses et les événements de ce monde. Pourquoi ? Parce que si nous ne fréquentons pas le secret du Père, c'est-à-dire sa volonté sur nous et pour nous, nous n'aurons pas notre récompense. Cette récompense, ce n'est pas un objet ou un cadeau ou une disposition intérieure plus douce à la vie, cette récompense, c'est justement d'entrer dans le regard du Père sur nous-mêmes, sur les autres et sur le monde, afin de ne se tromper de justice. Si nous en restons à nous-mêmes, nous prati­quons une justice extérieure, car nous ne connaissons pas le secret ni de nous, ni des autres. Et j'allais dire nous sommes toujours sur la tangente des réalités, jamais à l'intérieur de ce qu'elles sont.

Si nous fréquentons Dieu dans le secret, c'est pour connaître son dessein sur le monde, c'est pour épouser son regard sur nous-même, sur les autres et sur la destinée de ce monde. Alors nous ne cherche­rons pas à comprendre les choses, à les désirer, à les repousser, à les saisir, d'une façon ou d'une autre se­lon nos propres critères, notre justice, mais selon le regard que Dieu pose sur elles. C'est d'ailleurs cela le sens même de la prière qui termine ce passage, celle du Notre Père. Car appeler Dieu Père c'est déjà être entré dans le secret de sa paternité, c'est-à-dire de ce qu'il veut nous donner, car Il est source de tout bien et de toute richesse. Et seul le Christ, seule la religion chrétienne à la suite de la foi juive, nous a appris que Dieu était notre Père. Dans aucune autre religion Dieu est Père. Dieu est Dieu, lointain, insaisissable, ef­frayant, justicier, mais nul ne l'appelle Père. Si nous, chrétiens, nous pouvons l'appeler Père, c'est parce que nous connaissons le secret de Dieu, de son cœur, de son amour pour nous. Et c'est là, et là seulement que nous pouvons puiser le principe et le chemin de toute communion, c'est-à-dire cet établissement, difficile mais si nécessaire, dans une relation de pardon les uns avec les autres, dans une relation d'amour et de misé­ricorde les uns avec les autres, car c'est cela qui jaillit du cœur de Dieu notre Père, et en vivre c'est notre récompense.

 

AMEN