FAUX CHRISTS

Ap 19, 1-9 ; Mt 24, 15-28

(26 novembre 1986)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

I

l y aura de faux Christs et de faux prophètes !"

C'est un des signes de la fin de ce monde que le surgissement de faux prophètes, de faux christs qui viendront pour séduire les peuples, les foules par des idéologies trompeuses, par des actions merveil­leuses. La prolifération des sectes, la prolifération aussi d'idéologies qui prétendent sauver les hommes, qu'il s'agisse d'un salut matériel ou d'un salut préten­dument spirituel, qu'il s'agisse de faire le bonheur des hommes par des moyens politiques ou économiques ou sociaux, tout cela fait partie de cette partie caduque du monde, de cette usure et de cette destruction pro­gressive du monde. Il est inévitable que cela se pro­duise et cela se produit depuis les origines de l'Église. Sans cesse il y a eu des divisions, sans cesse il y a eu des personnes qui sont venues parler frauduleusement au nom de Dieu ou au nom du Christ, sans cesse il y a eu des persécutions, sans cesse il y a eu l'empire ro­main, puis les barbares, puis toutes sortes d'hérésies qui se sont levées, toutes sortes de philosophies qui se sont concertées. Il y eut les philosophies des lumières, puis les philosophies positivistes, la philosophie mar­xiste. Tout cela c'est une suite ininterrompue d'efforts des hommes pour trouver en eux-mêmes la significa­tion ultime de leur vie, pour trouver dans les propres forces de l'homme et de l'univers, de quoi le sauver. Tout cela est mensonge, et tout cela finit par se résou­dre dans un asservissement plus grand de l'homme, asservissement à de faux pouvoirs, asservissement à toutes sortes d'oppressions. Et l'homme finit, de pro­messe en promesse, par se retrouver toujours de plus en plus malheureux, toujours plus écrasé par son pro­pre péché, par sa propre incapacité à sortir de lui-même. Il se trouve finalement entièrement pris dans les filets de ces mensonges accumulés.

C'est toute l'histoire des hommes, toute l'his­toire de l'humanité et cela nous est annoncé par le Christ. C'est l'annonce de sa venue, de son retour. Le retour du Christ ne se produit pas nécessairement comme une apothéose triomphale qui se préparerait par une évangélisation progressive de l'univers. Ceci aussi est annoncé, c'est un autre aspect de l'histoire des hommes. Mais il y a aussi cette dégradation de l'humanité, cette accumulation des signes négatifs, cela aussi annonce la fin des temps. Ailleurs dans l'évangile le Christ a une parole extrêmement trou­blante et qui, d'une certaine manière, peut nous in­quiéter profondément : "Quand le Fils de l'Homme viendra, est-ce qu'il trouvera la foi sur la terre ?" C'est une interrogation qu'Il se pose et qu'Il nous pose. C'est dire que le combat de la foi est un combat diffi­cile et qu'il n'est pas gagné d'avance, et qu'il y a un déchaînement des forces du mal contre la foi et contre le Royaume de Dieu. Il faut que nous le sachions.

Il faut que nous sachions que la vie de l'Église, que l'histoire du monde, que notre vie chré­tienne est un combat, un combat contre toutes ces forces hostiles qui sont à l'extérieur mais aussi à l'intérieur de notre propre cœur. Car par notre apathie, notre lâcheté, ou bien peut-être aussi par nos doutes et nos manières de nous asservir nous aussi aux réalités terrestres, nous sommes complices de ce déchaîne­ment des forces du mal et de cette destruction du monde. Alors il faut que nous soyons sans cesse en éveil, que nous soyons sans cesse sur la brèche pour lutter, lutter contre le démon en dehors de nous et au-dedans de nous. Nous devons savoir que le chrétien est constamment en éveil. Nous ne pouvons pas nous reposer, nous laisser aller comme si tout devait s'achever de façon étonnamment heureuse, sans que nous soyons obligés de donner de nous-mêmes.

Qu'en ces derniers jours de l'année liturgique, nous mettions tout notre courage, toute notre bonne volonté à recevoir de Dieu la force pour ce combat de chaque jour et de chaque instant, afin que, comme il est dit dans l'Apocalypse "le vainqueur reçoive la couronne" au terme de ce combat. Jésus a promis : "Celui qui sera vainqueur, je le ferai asseoir avec Moi, sur mon trône, je lui donnerai un nom nouveau, je lui donnerai la manne cachée." Mais pour cela, il faut avoir accepté de lutter. Cette lutte est constante, et nous avons besoin que l'Esprit de Dieu soit présent en nous pour que nous ne soyons pas nous-mêmes emportés par les forces du mal. Prions pour la présence de la force de Dieu au sein de notre vie, de la vie de nos frères.

 

AMEN