LE PLUS GRAND COMMANDEMENT

Jr 33, 1-4 a+6-9 ; Mt 22, 34-46

(3 octobre 1986)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

Q

ue le premier commandement soit "d'aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme, de tout son esprit" et que le second commande­ment, celui de l'amour du prochain lui soit semblable, voilà qui nous est familier : c'est le maître-mot de toute notre vie chrétienne. Mais si nous cherchons la source de ces commandements, la source de ces deux amours, jaillissant de notre cœur, de ces deux amours qui n'en font qu'un seul, puisque c'est d'un même élan, d'un même mouvement que nous devons aimer Dieu et aimer nos frères, si nous cherchons la source de cet élan qui nous permet ainsi, d'aimer, nous devons remonter à ce qui est la cause, au jaillissement premier de l'amour. Aimer Dieu, aimer nos frères, cela suppose que nous nous détournions de cette pente qui est la pente du péché et qui, depuis le péché d'origine, nous est co-naturelle, cette pente qui nous replie sur nous-mêmes et qui nous fait nous aimer nous-même. Pour être arrachés à nous-mêmes, pour être ouvert à l'amour de l'autre qui est Dieu, et de tous les autres que sont nos frères, il faut qu'une force d'amour pénètre notre cœur et l'oblige à s'ouvrir, à se convertir, c'est-à-dire à se détourner de soi pour se tourner vers l'autre ou vers les autres.

Cette force d'amour vient du cœur de Dieu. Nous sommes d'abord aimés. Pour pouvoir aimer, il faut d'abord que Dieu nous aime, il faut que l'amour vienne du cœur de Dieu dans notre cœur, pour qu'il puisse rejaillir de notre cœur vers Dieu et vers nos frères. C'est pourquoi l'amour qui remplit notre cœur, et qui seul peut faire notre bonheur, cet amour est d'abord le bonheur de Dieu. C'est d'une certaine ma­nière ce qui nous est dit dans l'oracle de Jérémie que nous écoutions tout à l'heure. C'est un oracle de res­tauration de Jérusalem. A Jérusalem qui a été détruite, Dieu promet qu'il va la purifier, qu'il va la guérir, lui révéler une ordonnance de paix, de fidélité, et à cause de cette guérison, à cause de cet amour qu'il va mettre dans le cœur de Jérusalem, dans le cœur de son peu­ple, dans notre cœur, Dieu dit : "Jérusalem deviendra pour Moi un Nom plein d'allégresse, d'honneur, de splendeur et de gloire."

Nous devenons pour Dieu, notre nom devient pour Dieu un sujet d'allégresse. Nous sommes la joie de Dieu. C'est cela l'ultime motif et l'ultime explica­tion de toute notre vie chrétienne et de tout cet amour dont nous devons aimer Dieu et nos frères. Etre la joie de Dieu. Nous ne faisons pas ce que nous devons faire parce que c'est notre devoir, nous n'aimons pas nos frères parce que c'est un commandement, nous aimons nos frères d'abord parce que c'est cette force qui jaillit du cœur de Dieu qui a envahi notre cœur et qui est irrésistible, parce que cette force d'amour qui vient de Dieu réalise notre propre bonheur. C'est pour être heureux que nous aimons les autres, c'est parce qu'il n'y a pas d'autre moyen d'être heureux que d'aimer nos frères et d'aimer Dieu. Mais plus profondément encore, ce n'est pas pour être heureux nous-même mais pour faire le bonheur de Dieu. C'est pour que notre nom soit pour Dieu un nom plein d'allégresse, plein de bonheur, de joie, de splendeur et de gloire. Tel est motif profond de toute notre vie chrétienne : faire le bonheur de Dieu, faire la joie de Dieu, accomplir le dessein de Dieu dans lequel il a engagé toute la force de son amour et de la réalisation duquel il attend qu'il reflue vers Lui comme un amour semblable à celui dont il nous a aimés.

Ce va-et-vient entre le cœur de Dieu et notre propre cœur, qui est un va-et-vient d'amour, un va-et-vient d'allégresse, de joie et de bonheur est le dernier mot de toute notre vie. Que ce soit là la raison d'être de notre vie, de notre vie chrétienne : faire le bonheur de Dieu, donner à Dieu la plénitude de joie qu'il a répandue en nous et qui doit, de nous, revenir à Lui.

 

AMEN