CAR TEL EST LE BON PLAISIR DU PÈRE

Jr 16, 19-21 ; Mt 11, 25-30

(18 août 1986)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

C

ar tel est le bon plaisir du Père !" Car telle est la joie du Père, car telle est sa joie pro­fonde qui fait jaillir une si belle prière que celle du Fils : "Oui, je Te bénis, Père, d'avoir caché cela aux sages et aux savants et de 1'avoir révélé aux tout-petits !"

La joie du Père, celle d'ouvrir son cœur, de cet amour jaillissant entre le Père et le Fils, la joie du Père est de voir le Fils ouvrir son cœur. Ainsi les pe­tits, les humbles et les pauvres peuvent s'enrichir de Dieu Lui-même. En effet, pour devenir profond, pour grandir en Dieu, il faut se laisser creuser. Pour deve­nir profond, c'est-à-dire pour devenir ce réceptacle d'amour, il faut vraiment que l'eau de la grâce soit passée plusieurs fois afin de creuser en nous ce qui, pourra enfin la recevoir et la garder. S'appauvrir, se laisser creuser, c'est vraiment reconnaître qu'il n'y a qu'une richesse possible, une seule, celle qui remplace toutes les richesses du monde entier. La seule richesse par excellence, c'est le cœur de Dieu qui s'ouvre. Et ce cœur de Dieu qui s'ouvre c'est cette joie du Père.

Lorsque le Fils exulte et fais monter vers son Père cette prière : "Je Te bénis, Père !" c'est comme un grand souffle de l'Esprit qui passe et qui ouvre les gonds de notre cœur, afin d'y creuser plus encore ce réceptacle de l'amour de Dieu. Et à ce moment-là, nous sommes placés comme au milieu, entre le Père et le Fils, dans ce courant violent, dans le courant de l'Esprit Saint et nous devenons à notre tour ces pau­vres, ces humbles et ces petits qui comprenons et qui devenons les plus grands riches que le monde n'ait jamais contenus. Car telle est la joie du Père de voir l'homme appauvri de lui-même, mais devenir riche de Dieu.

Pour devenir profond, il faut se laisser creu­ser, pour recevoir une telle richesse car pouvons-nous contenir Dieu ? Il faut vraiment être terriblement pau­vre afin qu'il y ait beaucoup de place, et une place terrible pour Dieu et pour sa grâce. Devenir profond, devenir pauvre, c'est avoir faim et soif, avoir faim et soif de justice, de paix. Et c'est pour cela que l'évan­gile parle de repos, de joie, de calme. Cette faim et cette soif de justice, de paix ou d'amour, de repos, celle qui creuse en nous un insatiable désir, celle qui fait de nous des creusets dans lesquels la grâce de Dieu peut couler. Ainsi, en devenant plus pauvres, nous devenons les plus riches des hommes, comme le dit saint Paul.

 

AMEN