LES BÉATITUDES

Jr 8, 18-b-23 ; Mt 6, 1-15

(14 juillet 1986)

Homélie du Frère Michel MORIN

C

e texte de Jérémie est une lamentation du prophète parce que le peuple connaît la fa­mine et la souffrance, mais c'est dans le cœur et la parole du prophète la plainte de Dieu parce que son peuple demeure toujours affamé, parce que son peuple demeure toujours souffrant de son propre pé­ché. C'est comme un écho du peuple qui, pendant l'Exode, connaissant la faim, veut retourner en Égypte, en esclavage, parce que, là au moins, il y avait à manger, il y avait la sécurité.

Et cependant, le prophète nous le dit," la moisson est passée, l'été est fini" et nous ne sommes pas encore sauvés.

Frères et sœurs, nous aimons notre péché, nous aimons ces pleurs qui sont dans notre cœur, qui nous rappellent l'Égypte. En définitive, à la liberté nous préférons la captivité, parce que là, nous som­mes rassasiés de ce bonheur immédiat que nous cher­chons si souvent et qui correspond souvent à notre propre péché : se satisfaire des choses immédiates. Nous n'aimons pas la liberté, peut-être parce que nous en parlons tant et si bien, tant et si mal, que nous ne savons pas ce qu'elle est, et nous préférons l'étroitesse de notre propre vie, nous préférons murmurer nous lamenter sur nous-mêmes plutôt que de marcher. Or Dieu ne se fera jamais à cette situation-là. Dieu n'ac­ceptera jamais que nous voulions retourner en Égypte. Dieu n'acceptera jamais que nous puissions retrouver la captivité, même si elle nous donnait l'abondance des biens immédiats. Dieu ne pourra jamais tolérer que notre cœur puisse se contenter de si peu, alors qu'Il veut nous donner tant, alors qu'Il veut nous donner son amour et son bonheur.

C'est à cela que Jésus, à travers ce texte admi­rable des béatitudes, veut nous convier. Les Béatitu­des, c'est une répétition amoureuse du cœur de Dieu. Dieu aurait pu nous dire une seule fois : "Bienheureux !" et cette fois unique aurait dû nous suffire pour comprendre et vivre dans ce bonheur de Dieu. Mais il a fallu qu'Il répète tant et tant de fois cet appel au bonheur. Cet appel au bonheur Il le répète pour que, dans chacune de nos situations, nous puissions le trouver, le chercher, en avoir faim. Avoir faim non pas du passé et de l'Égypte, mais avoir faim de la terre promise, de cette "terre où coulent le lait et le miel" symbole et signe de bonheur dont Il veut nous com­bler, non pas par les biens de la vie, mais par le cœur de Dieu. Dieu ne se fera jamais à notre manque de bonheur, car Dieu Lui-même est notre bonheur.

Le jour où nous aurons compris la peine de Dieu, le mal, la souffrance qui est au cœur de Dieu, à cause de notre propre péché, à cause de nos lamenta­tions, le jour où nous aurons compris cela, le bonheur de Dieu pourra nous envahir, mais pas avant. Il faut donc que nous puissions atteindre cette douleur, ces pleurs de Dieu devant ce peuple que nous sommes, en famine à cause de notre péché, nous devons connaître cela pour que le bonheur de Dieu puisse envahir notre vie. Alors nous serons vraiment saisis profondément et totalement, par cette présence de Jésus-Christ qui est Le bonheur. Même si les Béatitudes nous déve­loppent cela de façon différente, ce bonheur c'est Lui-même. Et le Christ n'est pas derrière nous, le Christ est devant nous. Et c'est au long de notre désert, du désert de notre vie, c'est au long de notre exode, de notre vie terrestre, qu'il nous faut marcher vers ce bonheur. Et nous le savons bien, plus nous marche­rons vers Lui, plus nous le connaîtrons vraiment.

Si ce bonheur d'être au Christ, si ce bonheur d'appartenir totalement au Christ nous ne le connais­sons pas, c'est que nous sommes en train de retourner en Égypte. Et le Christ vient à notre rencontre. Il se fait notre Pâque, il se fait le passage de Dieu au milieu de nous. Il veut, une fois encore, nous faire traverser la mer Rouge pour nous conduire vers la terre pro­mise de son cœur et de sa vie.

 

AMEN