POUR LA GLOIRE DE DIEU
Jr 6, 16-21 ; Mt 5, 20-26
(9 juillet 1986)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
|
N |
ous sommes devenus très forts les uns les autres, vous avec moi, car nous écoutons très paisiblement ces paroles, que ce soit du prophète Jérémie ou celles mêmes de Dieu que nous venons d'entendre, et nous restons là assis, bien tranquillement, et nous repartirons manger bien tranquillement par la suite, et tous les jours se dérouleront ainsi. Non pas qu'il faille se jeter à genoux ou hurler d'horreur en entendant ces paroles, mais à les écouter de près, elles sont assez effrayantes. Et j'imagine souvent, au moment de la Passion, à Jérusalem, alors que la ville était remplie d'une foule pressée, irritée, qui courait de ça et de là, un seul homme se taisait, Jésus. A toutes les questions qu'on lui posait, Il restait là, seul, immobile, décidé. Et je pense à un tableau que nous avions vu, les Frères et moi-même, l'an dernier à Venise où, au milieu d'une foule ardente aux visages déformés des soldats et de la foule qui se pressent contre Jésus, Jésus est comme une silhouette blanche, belle, très belle, immobile, qui se tient devant eux, comme un roi, mais un roi déjà bafoué et qui sait que son Royaume n'est pas de ce monde. Dans ces cris, dans ces hurlements qui vont décider de sa mort, dans cette foule pressée qui va hurler : "Qu'on libère Barrabas!"de Jérusalem, un seul se tient silencieux. C'est Dieu Lui-même.
Et par ailleurs, quand on mesure quel effet a eu la Parole de Dieu sur le prophète Jérémie, et comment lui aussi a couru, hurlé, crié à travers les rues de Jérusalem, on se dit finalement qu'on est bien sourd et qu'on est bien dur à cuire, avec un cœur dur comme une carapace, à ne pas vouloir entendre ce que nous-mêmes venons chercher. Car, frères et sœurs qui fréquentons si souvent l'eucharistie et qui venons ici communier, est-ce que nous ne venons pas un peu chercher, et je me mets dedans, quelque chose pour nos propres affaires, pour notre propre jardin à chacun de nous, afin de s'améliorer un peu, de grandir, de devenir un peu meilleur au fil des jours ? Est-ce que finalement ce n'est pas une petite affaire personnelle qui ne regarde guère ni l'Église, ni même la Parole de Dieu dans son ensemble ?
Or tout à l'heure nous dirons : "Pour la gloire de Dieu et le salut du monde ". Nous ne disons pas : "pour moi et pour mes voisins, pour ma conversion ou ma sainteté, pour mon plaisir de chercher Dieu, pour ma quête, pour ma souffrance, pour ma peine, tout ce qui pèse vraiment au fond de mon cœur". Mais on dit : "Pour la gloire de Dieu et le salut du monde !" Pas banal ! C'est ce qui va introduire l'eucharistie. C'est la raison même de notre présence ici. Et lorsque je dis ces paroles, je pense à un prêtre rencontré l'an dernier, qui nous parlait de sa conversion après 25 ans de sacerdoce dans lequel il avait beaucoup couru à droite et à gauche et qui, un jour, pour des raisons de santé, avait dû s'arrêter et constatait qu'il n'avait jamais réfléchi à ces deux paroles : "Pour la gloire de Dieu et le salut du monde !" Alors il s'était assis dans une église et avait dit simplement à Dieu cette chose suivante : Je suis malade et condamné, si finalement, moi Jean-Rémy, ce que j'ai fait n'était pas très important aux yeux de Dieu, est-ce que je ne pourrais pas être une sorte de petit miroir, à travers lequel Dieu pourrait passer afin d'inonder les gens qui sont derrière ?
Notre présence ici, n'est-elle pas l'occasion pour la gloire de Dieu de passer à travers nous pour aller plus loin, pour atteindre ceux qui ne sont pas encore atteints par la gloire de Dieu, par ce salut du monde ? Est-ce que notre présence ici n'est pas l'occasion de ces brèches faites dans le monde ancien pour que la lumière nouvelle de Dieu passe à travers nous, à travers ce cœur qui est le nôtre, pour aller beaucoup plus loin et beaucoup plus haut, pour la gloire de Dieu qui passe à travers nous afin qu'elle aille plus loin et sauve le monde. C'est dans cette optique, c'est dans ce souci d'être transparents aux rayons de la lumière de Dieu que nous pouvons aujourd'hui nous présenter devant Dieu et le recevoir comme nourriture. Ainsi ce n'est pas ce que nous sommes qui va compter, qui va donner un poids à notre démarche, mais cette façon d'accepter et de se rendre disponible, comme transparent à cette gloire, afin de devenir vraiment, à la suite du Christ, des enfants de lumière.
AMEN