CE QUE JE DIS ET NE FAIS PAS !
Ba 1, 15 b-22 ; Mt 21, 28-32
(19 août 1985)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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V |
oilà la parabole la plus simple de l'évangile. Ce n'est même plus une parabole c'est une évidence. Si les actes et les paroles ne coïncident pas, il vaut mieux que nos actes soient bons, même si nos paroles sont mauvaises, plutôt que l'inverse, mais il serait préférable que les deux coïncident. Il vaut mieux dire non et faire ce qui est demandé, plutôt que de dire oui et de ne pas le faire.
Jésus va utiliser cette parabole, cette évidence en transformant légèrement son point d'application. Plutôt que la discordance entre ce que l'on dit et ce que l'on fait l'attention de Jésus va se fixer sur le fait de changer d'avis. On peut, dans un premier temps agir mal et ensuite changer et se mettre à agir bien. Jésus va insister en donnant un exemple aux bons juifs qui l'écoutent : les pécheurs, le prostituées, les publicains qui, agissant mal, ont, dans un deuxième temps, sous la prédication de Jean-Baptiste, et sans doute aussi à cause de celle de Jésus, bien qu'Il ne le dise pas, ont changé de manière de vivre, se sont convertis.
Quand on agit mal, il est toujours possible de changer de manière de faire, de se convertir. Je voudrais attirer votre attention sur un point particulier. Il arrive souvent, je pense que nous sommes tous plus ou moins tentés par cette manière de faire que nous sentant plus ou moins en difficulté avec le Seigneur, ayant commis tel ou tel péché peut-être habituel qui nous donne de nous-même une image que nous n'aimons pas, qui nous déplaît, nous ayons l'impression que les affaires vont mal, qu'on ne peut pas redresser la situation et que, au moins jusqu'à la prochaine confession, nous allons nous laisser aller ou à retomber dans le péché ou à vivre dans une certaine médiocrité, dans une mauvaise conscience que l'on appelait au Moyen-Age l'acédie, une sorte d'amertume du cœur une sorte de dégoût des choses spirituelles. Puisque nous sommes dans le péché, nous sommes des médiocres, nous restons médiocres et nous verrons pour plus tard à nous convertir.
Je crois qu'il y a là une ruse du démon qui est très grave et contre laquelle il faut nous prémunir et nous armer de courage. Car que nous péchions, c'est une chose bien triste, mais que, parce que nous avons péché nous nous enfermions dans une sorte de dégoût de nous-même qui nous porte à ne pas chercher le visage du Seigneur, à ne pas le prier avec insistance, à ne pas nous tourner vers Lui pour l'appeler au secours, à ne pas rassembler nos forces pour vivre mieux, c'est là une grande victoire du démon qui, à partir d'une faute légère, en tout cas ponctuelle, va nous entraîner à toute une série de conséquences plus ou moins durables.
Il faut que nous prenions l'habitude, même si nous nous découvrons pécheurs, de nous ressaisir aussitôt, de reprendre tout de suite le chemin du bien, le chemin du Seigneur, de sa volonté, même si nous ne pouvons pas nous confesser tout de suite. Ceci est une application fréquente de cette parabole à notre vie : même les pécheurs, les publicains peuvent rencontrer le visage du Seigneur. Nous sommes pécheurs, mais nous pouvons toujours, à partir de notre péché, nous retourner vers le Seigneur pour l'appeler au secours, pour rechercher son visage et pour redécouvrir sa grâce et donc la sainteté.
AMEN