LA BREBIS ÉGARÉE
Col 3, 9 b-15 ; Mt 18, 12-20
(9 août 1985)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

L'herbe est toujours meilleure chez le voisin !
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ette parabole nous la connaissons d'ordinaire dans la version que nous en donne saint Luc où il s'agit d'un enseignement du Christ sur la miséricorde, sur cette bonté paternelle de Dieu qui va à la recherche de la brebis perdue. Chez saint Matthieu, la parabole fait immédiatement suite à un enseignement sur la nécessité de devenir comme un petit enfant et sur le danger qu'il y a à scandaliser les petits, c'est-à-dire à mettre devant ceux qui ont l'esprit d'enfance, les petits, les humbles, un obstacle qui peut les faire trébucher. C'est dire que, sans saint Matthieu, l'égarement de la brebis perdue est plutôt considérée par rapport aux frères que par rapport à Dieu. C'est pourquoi sur cette parabole s'enchaîne immédiatement cette réflexion : "On ne veut pas qu'un seul de ces petits périsse." Et Jésus continue son enseignement en parlant de la correction fraternelle. Pour que ces petits qui sont mes frères ne se perdent pas, il faut que je les aide à ne pas se perdre. Il faut donc que j'apporte à mon frère mon aide pour qu'il ne reste pas dans le péché. "Si ton frère vient à pécher, va le trouver et reprends-le, seul à seul. Et s'il ne veut pas t'écouter, tu iras chercher un autre frère. Et s'il ne veut pas écouter cet autre frère avec toi, tu appelleras toute la communauté." Non pas pour mettre ton frère en jugement mais pour l'aider à se sauver. Il ne faut pas qu'aucun de ces petits se perde, c'est pourquoi nous sommes responsables les uns des autres devant Dieu, et Il nous charge d'aller vers eux pour qu'ils ne se perdent pas.
C'est dire que la foi chrétienne, l'évangile de Jésus-Christ, est le contraire de la maxime : "Chacun pour soi, et Dieu pour tous !" - "Je n'ai qu'une âme qu'il faut sauver" ce cantique est tout à fait contraire à l'évangile. Je suis responsable non seulement de ma propre âme mais aussi de l'âme de mes frères. Et si mes frères viennent à pécher, je ne peux pas m'en laver les mains comme Pilate ou comme Caïn qui prétendait ne pas être responsable de son frère. Je suis engagé dans la vie de chacun de mes frères et le péché de mon frère me concerne au premier chef. Je dois porter le poids de ce péché, je dois aider mon frère à connaître la lumière. Je dois parler, non pas du haut d'une vertu supposée, mais de frère à frère, de pécheur à pécheur, d'humble à humble, de petit à petit. Je dois parler avec mon frère pour essayer, avec une infinie délicatesse, de l'aider à ne pas se perdre.
C'est pour cela que "Lorsque deux ou trois sont réunis en mon nom" nous dit Jésus, "Je suis au milieu d'eux". Quand deux ou trois, en mon nom, s'entraident pour se sauver l'un l'autre, pour aller à la rencontre de la vérité et de Dieu, je suis déjà au milieu d'eux, car par cette aide fraternelle, par cette attention mutuelle, par cette délicatesse, par ce soin qu'ils ont de porter les fardeaux les uns des autres, déjà ils réalisent l'Église et déjà je suis, Moi le Christ, au milieu d'eux.
C'est dans cette finesse et dans cette délicatesse de la charité fraternelle qui doit nous rendre proches les uns des autres et nous faire porter la vie de nos frères en notre propre cœur, fût-ce en silence, que se réalise la charité de Dieu sur la terre et la présence de Dieu parmi nous. Vous le voyez, entre l'amour que Dieu a pour nous dans son infinie miséricorde dont nous parle Saint Luc, et cet amour que nous devons avoir les uns pour les autres pour nous soutenir et nous guider mutuellement, il y a identification. La même parabole peut servir à illustrer la miséricorde de Dieu et la profondeur à laquelle doit se vivre la charité fraternelle.
AMEN