LE DIDRACHME
Col 2, 16-23 ; Mt 17, 24-27
(2 août 1985)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
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e miracle de Jésus a une saveur étrange. En effet, n'y a-t-il pas quelque chose d'artificiel à vouloir régler ce problème d'impôt par une opération de pêche ? Les collecteurs du didrachme passent et, pour poser un piège à Jésus, ils demandent à Pierre : "Est-ce que le Maître paie le didrachme ?" Pierre proteste que oui. En réalité, il a tort car Jésus ne paiera pas le didrachme, Il donnera la monnaie trouvée dans le poisson. Et quel est le sens de tout cela ?
La première chose qu'il faut comprendre dans ce récit, c'est qu'il s'agit d'un impôt destiné non pas aux païens mais au Temple. Le didrachme, la somme de deux unités de monnaie grecque, était un impôt par tête que chaque membre du peuple devait payer au Temple pour marquer son appartenance au peuple juif et pour les frais de culte. C'était pratiquement une sorte de denier du culte de l'époque. Or si on pose la question à Jésus de savoir s'Il veut payer le didrachme ou pas, le problème est simple. Cela veut dire : Est-ce qu'Il se reconnaît comme un fils d'Israël ou non ? Est-ce qu'Il se reconnaît comme un membre de la communauté juive ou non ? On comprend que saint Pierre proteste immédiatement en disant : Mais oui ! Il n'y a pas de problème là-dessus. Mais, sans doute parce que le Christ avait entendu la réponse de Pierre, Il lui pose ensuite la question : "A ton avis, quand les rois instaurent le système de l'impôt, est-ce qu'ils font payer leur fils ou bien ceux qui ne font pas partie de la famille ?" Et saint Pierre est bien obligé de répondre : "Ils ne font pas payer les gens de la famille." Et c'est là que se noue la question. Effectivement le Christ fait partie du peuple. Normalement il devrait payer le didrachme. Et cependant le Christ fait partie de la famille, c'est le moins qu'on puisse dire : Il est le Fils, et par conséquent, il ne faut pas qu'Il paye le didrachme. En refusant de payer de sa propre poche, de son propre fond, Il manifeste qui Il est, c'est-à-dire qu'Il est vraiment le Fils.
Mais il y a quelque chose de plus beau. C'est que Pierre, à qui Il pose la question se voit répondre : "Tu trouveras un statère " c'est-à-dire quatre drachmes, le double de la somme. Et Jésus précise : "Tu paieras pour Moi et pour toi !" c'est-à-dire que c'est la divinisation, c'est la destinée de fils que Jésus promet à Pierre ce jour-là. Dans ce récit nous est manifesté, par un geste curieux et assez étrange du Christ, le sens profond de sa venue. Il est le Fils, effectivement membre du peuple juif, donc soumis à l'impôt du Temple, seulement la manière même de le verser montre qu'Il est le Fils d'une autre manière, non pas qu'il doive quelque chose au Père, mais la manière même dont est fourni l'argent signifie cet amour du Père qui prévoit tout, qui pourvoit à tout pour son Fils. Donc, à travers ce simple récit, c'est une nouvelle fois une confession de la divinité du Christ qui est ainsi manifestée, de façon secrète, c'est pour cela, je pense que c'est à Pierre personnellement qu'Il révèle cela, à celui qui, peu auparavant avait dit : "Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant !" En réalité ce petit épisode, en apparence banal et un peu miraculeux de genre facile, affermit Pierre dans sa confession de foi, mais en même temps, mystérieusement dévoile aussi à Pierre, le fait que chacun d'entre nous, à partir du moment où il devient fils, par le baptême, par la puissance de la mort et de la Résurrection du Christ, doit lui-même bénéficier de ce didrachme qui est le signe que Dieu pourvoit à tout pour notre vie.
AMEN