BÂTIR SUR LE ROC
Rm 12, 3-13 ; Mt 7, 21-29
(13 juin 1985)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
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e Seigneur attire aujourd'hui notre attention sur le mystère de sa parole de Dieu. Il nous explique que notre vie est comme une maison à construire et que tout le problème est de savoir sur quoi sera bâtie la maison, sur le roc ou sur le sable.
Ceci nous montre que notre être véritable n'est pas le fruit du travail. C'est peut-être même d'une certaine manière plus difficile, plus exigeant de bâtir une maison sur la sable que sur le roc, parce que le processus de la construction est beaucoup plus délicat parce que les assises sont plus instables. Le Seigneur nous met bien en garde. Tout le monde, au fond, lorsqu'il est devant la vie, a envie de bâtir sa maison. C'est le fond même du problème humain de la vie. Quand un enfant vient au monde, la préoccupation de ses parents c'est que, au fur et à mesure, la maison de cet enfant soit bâtie, jusqu'à ce qu'il trouve son plein épanouissement. C'est pour cela que l'on commence par les fondations et que, petit à petit, on monte les étages.
Mais tout le problème n'est pas là. Le problème est effectivement de savoir que l'on peut se donner beaucoup de mal pour bâtir une maison, mais si l'on n'a pas choisi les bonnes fondations, elle risque un-beau jour, de s'écrouler. Je crois qu'il y a là quelque chose qui doit nous faire percevoir que ce n'est pas simplement la bonne volonté, le mérite ou le mal qu'on se donne qui font véritablement la valeur d'une vie. Nous avons beaucoup de mal à penser autrement. Cependant, il faut bien penser autrement. C'est le Seigneur Lui-même qui nous le demande.
La deuxième chose qui alors, là, est beaucoup plus consolante, c'est le fait que, au fond, que dans un cas comme dans l'autre il faut se donner beaucoup de mal, mais ce qui assure finalement la solidité de la maison, c'est quelque chose qui n'est pas exactement de nous. C'est quelque chose qui est précisément de l'ordre du sol. La qualité même d'une maison ne vient pas d'abord de la construction, elle vient d'abord du sol. La qualité profonde d'une demeure, c'est le soubassement, ce qui ne se voit pas, c'est l'invisible. Mais l'invisible comment ? Dans la mesure où il fait corps avec ce qui sort de terre.
La construction spirituelle de notre être, c'est précisément cela. C'est que tout ce que nous faisons, tout ce que nous vivons, tout ce que nous croyons, tout ce que nous prions, cela doit faire corps avec la parole de Dieu qui lui donne sa consistance. Et nous sommes le résultat des fondations et de la bâtisse, et de la construction Le mystère même de notre existence est là. C'est que nous sommes sans cesse amenés à ce point de rencontre des fondations, du fondement, de la Parole de Dieu, de Dieu Lui-même se révélant qui assure la base et en même temps du fait que, jour après jour, par notre liberté, par notre amour filial, par la grâce qui nous est donnée comme notre bien propre nous sommes appelés à construire, jour après jour, notre maison, à ajuster pierre à pierre.
Effectivement, ce qui est très important, à ce moment-là, c'est de voir que tout repose sur l'étroite suture, sur l'étroit assemblage de la demeure au roc. La solidité même d'une maison est dans le lien, elle est dans l'amour Plusieurs fois les Pères de l'Église, et plus particulièrement saint Bernard, ont évoqué ce mystère des maisons qui tiennent bien parce que toutes les pierres sont attachées solidement les unes aux autres. Mais si nous ne sommes pas d'abord solidement attachés au roc qui est l'amour infini de Dieu, qui est hors de proportion dans ses dimensions, dans sa grandeur par rapport à la maison qui n'est qu'une petite coquille posée sur une masse immense, forte, solide, stable, sur laquelle tout est fondé et qui est le roc, s'il n'y a pas cette jointure, cet assemblage solide, la maison ne tient pas. On se donne du mal pour rien.
Au cours de cette eucharistie où nous allons recevoir comme chaque jour, ce corps et ce sang pour nous édifier solidement dans le corps du Christ, demandons au Seigneur de nous donner ce sens des véritables jointures, du véritable ajustement à lui qui est l'amour, l'amour qu'Il nous donne, l'amour que pauvrement nous essayons de lui rendre. Et, à ce moment-là, nous saurons vraiment ce que veut dire que le Seigneur nous bâtit une demeure et que nous demeurons en Lui.
AMEN