LA PORTE ÉTROITE
Na 1, 1-3 a+7+17 c-19 ; Mt 7, 13-20
(12 juin 1985)
Homélie du Frère Michel MORIN

Collonges la Rouge
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ntrer par la porte étroite". "Le chemin qui mène à la vie est resserré, le chemin qui mène à la perdition est très large." Je pense que nous ne savons pas bien recevoir une telle parole d'évangile parce que nous n'aimons pas être limités dans notre liberté. Nous n'aimons pas que l'on nous indique le chemin à prendre, ni une porte par laquelle il faut automatiquement entrer. Et nous ressentons comme un certain malaise vis-à-vis de ce texte parce qu'il est quelque chose que nous recevons et qui nous réduit, qui nous rapetisse. Le comprendre ainsi c'est en faire une lecture tout à fait superficielle et tout à fait fausse. L'évangile ne se comprend pas d'abord comme quelque chose de négatif, comme une loi restrictive.
Pour l'aborder ou le laisser retentir en nous d'une façon plus positive, celle-là même que le Christ a introduite dans ses paroles, il faut peut-être rappeler deux autres textes de l'Écriture. Le premier est un verset du chapitre trentième du Deutéronome où le Seigneur parle Lui-même à son peuple : "Je te propose aujourd'hui vie et bonheur, mort et malheur. Si tu écoutes les commandements du Seigneur ton Dieu que je te prescris, si tu aimes le Seigneur ton Dieu, si tu marches dans ses voies, si tu gardes ses commandements ses lois et ses coutumes, tu vivras et tu multiplieras." La seconde citation c'est le premier verset du psaume 1 : "Heureux l'homme qui ne va pas au conseil des impies ni dans la voie des égarés ne s'arrête, ni au banc des rieurs ne s'assied, mais se plaît dans la loi du Seigneur et murmure sa loi jour et nuit."
Une parole du Christ comme celle-ci : "La porte est étroite, la voie est resserrée" n'est pas un appel à restreindre notre liberté, à mener une vie chrétienne un peu fade. Si un automobiliste refusait de suivre la route, s'il voulait aller au-delà il n'arriverait pas à son but. Il tomberait dans le fossé, dans un champ, dans la vallée il ne pourrait plus avancer avec son automobile. Or personne n'a idée qu'en prenant la route pour aller à un but, il se sente limité. Bien au contraire, en prenant cette route il sait qu'il va pouvoir, de façon certaine, s'il est quelque peu prudent, arriver au but dans les meilleurs délais, dans les meilleures conditions.
C'est de cette façon qu'il faut saisir ces genres de phrases du Christ qui nous paraissent toutes négatives et toutes restrictives. Le Christ nous appelle à la vie, et non pas à la mort. Le Christ nous appelle à sa vie et non pas à nous perdre dans une multitude de morts pendant notre vie sur la terre. Et si sa vie correspond à l'image de la route, les limites de la route correspondraient aux commandements Ces commandements ne sont pas faits pour nous limiter, pour nous rapetisser, pour nous amoindrir. Ils sont fait pour nous permettre d'avancer dans une véritable liberté, celle-là même qui est la nôtre et que nous orienterons vers le but qui nous a été manifesté qui est la communion avec Dieu, qui est la vie avec Dieu.
Alors frères et sœurs, nous lisons aujourd'hui ces quelques phrases du Seigneur, recevons-les pour ce qu'elles sont, non pas pour ce que nous en pensons, non pas d'après notre première réaction, notre première lecture qui est souvent faussée par l'ambiance extérieure, par notre éducation ou simplement par notre façon de voir les choses et par notre psychologie. Cette parole du Christ est à recevoir comme un appel, comme une invitation à vivre dans son amour avec les commandements qu'Il nous a donnés comme autant de panneaux indicateurs, comme autant d'orientations sûres, En les suivant, nous arrivons de façon certaine vers le salut, vers notre destinée qui est de le connaître, qui est de l'aimer, car le Seigneur ne veut pas que nous nous perdions dans les fossés ou dans les mauvais terrains. C'est cela qui serait la perte de notre véritable liberté, c'est cela qui nous restreindrait et nous amènerait à notre mort spirituelle, à la mort de notre vie, à la mort de notre liberté qui est faite non pas pour aller n'importe où mais pour aller vers Dieu. Nous n'ayons pas une liberté pour choisir entre le bien et le mal, nous avons une liberté pour choisir Dieu qui est le bien ultime, qui est le bien magnifique. Et c'est pour cela qu'Il nous indique cette route. C'est pour cela qu'il n'y en a pas d'autre. Elle est unique, non pas pour restreindre notre choix, mais pour nous permettre d'arriver vers Lui dans les meilleures conditions, si nous voulons, dès aujourd'hui, vivre de sa vie et connaître son bonheur en méditant sa parole et sa loi jour et nuit.
AMEN